Par Anouk Dunant Gonzenbach
Ses enfants sont maintenant eux-mêmes parents de jeunes adultes, ses yeux bleus transparents n’ont pas pris une ride. Toute sa vie, elle a campé chaque été avec sa famille dans le sud de la France. Lorsqu’elle a eu quatre-vingts ans, son fils l’a emmenée chez Decathlon acheter deux lits de camps. Un pour elle, un pour son mari.
Le fils, il trouvait qu’à quatre-vingts ans, il ne pouvait plus laisser ses parents dormir sur un matelas de sol, dans la tente sous les pins, chaque été dans le sud de la France. Le vendeur de Decathlon, il a mis du temps à percuter que les lits de camps étaient pour le couple de personnes âgées, là, et pas pour le fils – qui d’ailleurs aurait légitimement pu considérer que pour lui aussi, un lit de camp serait plus confortable.
La tête qu’il a faite, le vendeur, quand il a compris. Il n’aurait pas dû la faire, cette tête. Réplique immédiate des yeux bleus sans ride, « mais il y a encore plein d’années pour faire du camping, vous savez. »
Toute sa vie, elle a fait de la confiture. Avec les invendus de la Migros : on en jette le quart et on utiliser le reste.
Moitié sucre, moitié fruits.
« Mais il y a trop de sucre ! »
« Il n’y a jamais trop de sucre. Si tu trouves que la confiture a un problème, c’est qu’il y a un problème ailleurs. Mon fils, on ne grossit pas avec de la confiture. Si tu veux maigrir, fais trois fois le tour de la maison en courant, et si ça ne suffit pas, tu fais le tour dans l’autre sens.
Mais surtout, tu n’arrêtes pas de manger de la confiture. »
Janvier 2026


