Vingt-sixième jour de confinement, Je voyage dans ma tête, Tombe amoureux du monde entier, Des hommes et des femmes des cinq continents, Coronavirés ostracisés, Coronaférés enfermés, isolés, retirés, Privés de soleil et d’air pur. Dans des rues vides, désertes, Des espaces abandonnés, De rares passants s’écartent sur le trottoir, Coronagraben, fossé, abysse Entre sains et positifs Romands et alémaniques, Coronagazés sans oxygène, Le monde asphyxie. Des travailleurs au tapis, L’économie par terre, Des paysans cloués au sol. Qui criera demain : Debout ! Pour ordonner la relève, Fouler le parvis des libertés ? La vie renaîtra des cendres, Je vous attends chers amis, Prêt à fêter Pâques à l’Ascension, Qu’importe, Pourvu que nous soyons tous là !
Pardon de vous écrire si tard, j’espère que d’autres
auront été meilleurs élèves que moi…
J’ai moi aussi fait de la pâtisserie, mais je ne me suis pas vraiment découverte une passion, que j’avais déjà, mais au contraire du temps ! Si ça vous intéresse, je partage volontiers avec vous mes recettes favorites, muffins divers et variés, banana breads époustouflants, cakes au citron miraculeux, gâteaux à la ricotta et fleur d’oranger venus d’une autre dimension, la liste est encore longue.
Toutefois, une fâcheuse malédiction est venue assombrir le ciel bleu de mes pérégrinations culinaires… Peut-être Julie vous l’a-t-elle raconté, elle est désormais l’heureuse nourrice d’un magnifique levain, à l’aide duquel elle réalise des pains qui le sont encore plus. Vous vous imaginez donc bien ma hâte de pouvoir en faire autant, et transformer allègrement ma cuisine en boulangerie artisanale. Pour aggraver la situation, il fallait en plus que ma grand-mère confinée à Budapest m’envoie elle aussi quotidiennement des merveilles panifères faites grâce au Saint Levain. Ni une ni deux, je file chez Julie à vélo et ramène de chez elle un rejeton de sa créature fermentée, que je confie sereinement à ma mère, complice dans l’aventure.
Déjà nous nous enflammons, lui donnons des petits noms, le regardons avec tendresse et affection, nous projetons sans crainte dans des années de cohabitation, jusqu’à imaginer, la larme à l’oeil, le moment sacré où nous pourrons le léguer à la prochaine génération, ce levain majestueux qui a nourri tant d’estomacs affamés…
Mais, le destin ne nous réservait pas ce sort là. Je n’ai malheureusement pas été présente autant qu’il fallait, et ma mère m’expliquait qu’il suffisait de nourrir la créature “au feeling”, pas besoin de peser quoique ce soit, “les bergères de la puszta n’avaient pas de balances, elles”… Folies ! De fil en aiguille, ce pauvre levain arrivé à la mauvaise adresse a rendu l’âme, et nous n’avons rien pu faire pour lui d’autre que pleurer à chaudes larmes sur sa dépouille acide.
Les restrictions sanitaires s’assouplissent, oui mais pas toutes… Les événements de ces
derniers jours m’ont révélé la réalité de la situation: seul ce qui contribue à
l’activité économique est permis, le reste ne bouge pas. On se retrouve donc
dans des situations absurdes, où il n’y a pas de soucis à s’agglutiner pour
choisir sa salade à la Coop, acheter sa glace, prendre les transports en
communs ou travailler sur les chantiers, par contre quelques citoyen.ne.x.s qui
revendiquent pacifiquement dans la rue, dans le respect le plus complet des
règles sanitaires, et zou au poste! (et ce évidemment sans que les policiers ne
s’embarrassent de la moindre hygiène lorsqu’il s’agit de plaquer quelqu’un au
mur en lui tordant les bras pour le menotter…).
Pas de retour à l’anormal. Je ne suis pas très optimiste, mais crois fortement en la nécessité absolue de ne pas revenir au modèle économique et politique que nous connaissions jusqu’ici, il en va de la survie de l’humanité et de la biodiversité que nous connaissons. Plus que jamais, la solidarité est cruciale, il faut abolir les privilèges et inégalités, aider tout le monde sans distinction.
J’appréhende avec curiosité néanmoins la crise économique qui semble être imminente, les pauvres vont-iels juste crever dans la misère et l’indifférence des riches toujours plus riches, pardonnez-moi mon vocabulaire, ou va-t-il y avoir une révolte populaire contre ce système pourri responsable de tant de malheurs? La masse de gens menés par le bout du nez, rendus dépendants de ce modèle économique, abêtis et réduits au rang de pions dont on se fout de l’avis va-t-elle réussir à prendre conscience – et les armes (littéralement ou pas, je ne suis pas pour la violence tant qu’elle est évitable) ? Je ferai pour ma part tout mon possible pour que la deuxième option se réalise.
C’est donc principalement alarmée que je suis,
sentiment que partage visiblement Amnesty International, qui dénonce l’atteinte
inquiétante à la liberté d’expression et aux droits citoyens que nous fait le
Gouvernement.
J’ai fait au début quelques “grands” tours à vélo dans notre belle campagne, seule ou accompagnée, je compte m’y remettre bientôt. Je garderai sûrement en mémoire le mélange des moments doux et douloureux partagés entre ami.e.x.s, doux parce que l’on est ensemble, que l’on rit et l’on discute, douloureux parce qu’on est peu, que les autres nous manquent et que l’on rêverait de se prendre dans les bras, pour se dire des choses que l’on ne peut faire que comme ça.
Voilà, après trois pages de dissertation chaotique je mets fin au carnage, et espère que vous et vos proches allez au mieux.
Ma ville fantomatique Dort debout, Sans air dans le métro, Sans public sur les bancs. Un soleil de fin du monde Réchauffe des arbres en fleurs. Je marche seul, perdu Entre rues et parcs déserts. Cataclysme Le feu du virus apporte Plus de malheur aux pauvres. Mobilisation générale : Les vieux, restez chez vous, Au balcon pour prendre l’air. Il n’y a plus de vie, Paradoxe S’il faut donner son sang ! Le monde n’existe plus, Réalité ou fiction ? Confinés, confinées, L’état de guerre est déclaré. Ma ville Musée Grévin se réveillera-t-elle ?
Je marche pour atteindre l’impossible j’écarte le brouillard le silence efface mes pas je marche le coeur las la mélancolie les obstacles le noir un brin de lumière transperce les arbres souvenir d’une joie lointaine je marche je tombe, je me relève je marche je porte dans mon paysage intérieur le chant de la mer.
Maintenant que l’on ne remercie plus Dieu pour vendredi Où troquer son costard par un jean délavé. Que, ce midi Le soleil n’est pour personne en particulier Et que le temps nous palpe, Ausculte nos appartenances. Que le vin n’est plus le vin Et que le chocolat sert à nous secourir De la morsure de l’heure. Maintenant que la ville nous cache son lac Le jazz prend ses cliques et ses claques. Dans les parcs, Les tourniquets font silence Qui déchire les tympans. Maintenant que le coucher de soleil offre son spectacle Pour pas cher, Le monde, Dégarni de son Sud Puis de son Nord, Et incessamment sous peu De son Ouest et d l’Est. Que la gare est là Mais il lui manque des destinations Entre désirs et rêves, Les cartes postales D’une vie Où il fut un dehors et Un ciel à chaque fenêtre. Mon poème devient un loup-garou À minuit sonné. Il rugit Pour faire peur à l’aube, Cette menace sur l’obscurité de son impatience. D’un arbre à l’autre Un murmure se répand D’un renouveau, Quarante nuits Et quarante renoncements plus tard.
Le
préambule de notre Constitution fédérale, l’appel du 4 mai, les carrés de craie et
la revue de presse
Il y a quelques jours j’écrivais :Et aujourd’hui il y a nous, dedans, dehors, toutes nos voix, cet espoir immense de ne pas recommencer tout comme avant, cette espérance titanesque de continuer autrement, avec un monde plus humaniste, plus local, plus durable.
Appel du 4 mai
Ce billet se référait à « l’appel du 4 mai« , appel qui a été remis aux parlementaires fédéraux lundi passé à midi, muni de plus de 50’000 signatures.
Ce texte demande aux parlementaires de mettre en place une reprise économique : • Plus sociale – Valoriser les professions qui se sont montrées essentielles en ces temps de crise – Reconnaître le rôle fondamental du travail domestique largement effectué par des femmes – Soutenir les oubliés des programmes de soutien « COVID » (« petits » indépendants) • Plus locale – Favoriser les circuits courts – Réduire les dépendances internationales (alimentation, produits médicaux, etc.) • Plus écologique – Conditionner les soutiens à des activités économiques durables.
Le préambule de la Constitution fédérale de la Confédération suisse
Conscients de leur responsabilité envers la Création,
Résolus à renouveler leur alliance pour renforcer la liberté, la démocratie, l’indépendance et la paix dans un esprit de solidarité et d’ouverture au monde,
Déterminés à vivre ensemble leurs diversités dans le respect de l’autre et l’équité,
Conscients des acquis communs et de leur devoir d’assumer leurs responsabilités envers les générations futures,
Sachant que seul est libre qui use de sa liberté et que la force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres, arrêtent la Constitutionque voici.«
Quel programme ! Ce préambule de la Constitution est un texte puissant et magnifique. En fait, si on regarde de plus près, on pourrait se dire que l’appel du 4 mai ne demande rien d’autre que de respecter la volonté de ce texte. Nos ancêtres étaient déjà sur le coup d’un monde juste! Mais quelque chose s’est perdu en route.
#4m2
Alors pour redire aux parlementaires et aux politiques et pour rendre visible et tangible la volonté d’une reprise humaniste, écologique et locale, des actions symboliques, calmes et non-violentes et respectant toutes les mesures de sécurité en vigueur ont lieu de 12h à 12h15 chaque jour depuis ce lundi 4 mai : des personnes tracent par terre à la craie des carrés de 4m2 devant des maisons, gares ou places, sur des trottoirs, chemins piétons ou alors là où la fantaisie les mène. Elles dessinent des cœurs, des fleurs dans le carré et y écrivent des mots exprimant leur souhait d’un avenir respectueux. Elles se mettent ensuite à l’intérieur, quelques minutes. Les villes fleurissent ainsi de carrés porteurs de mots d’espoir, sous le signe #4m2.
Relevés d’identité et menottes
A Genève, la police procède à des relevés d’identité de personnes dessinant ou se tenant à l’intérieur de ces carrés, même si les distances sanitaires et le nombre de cinq étaient respectés. Précisons qu’à cette date en Suisse, à l’extérieur, il faut être à distance de deux mètres et ilne peut pas y avoir de groupes de plus de cinq personnes, à deux mètres de distance les unes des autres. Mercredi 6 mai, la police menotte violemment deux personnes et les emmène au poste.
Le mouvement se veut dans le dialogue, le respect des règles sanitaires et la construction d’un avenir plus juste et plus solidaire. Et il compte bien le rester. Craie à la main.
Interdiction de manifester et droits d’expression
Tout cela pose de la question de la liberté d’expression et de manifestation pendant cette période de pandémie. Amnesty Suisse s’en est inquiété et a demandé des directives claires pour que l’expression politique dans les lieux publics soit restaurée et que l’état d’urgence soit partiellement levé.
Arcinfo, 4 mai 2020: Coronavirus: l’Appel du 4 mai pour un redémarrage humaniste a récolté près de 53’000 signatures
RTS, 12:45, 4 mai 2020: Esther Mamarbachi analyse le contexte particulier de la tenue de cette session extraordinaire des chambres fédérales.
RTS, 19:30, 4 mai 2020: « L’appel du 4 mai », une pétition citoyenne remise à Berne avec 52’900 signatures pour une société différente de celle d’avant
lfm La Radio, 4 mai 2020: « L’appel du 4 mai » une pétition en faveur d’une économie plus durable en Suisse
Qu’est-ce que le confinement ? Peut-être ce doux instant Où nous prenons le temps… De ne plus suivre le rang Et lire de longs romans Redevenir des amants
D’écouter les enfants Et marcher en sentant Que tout n’est que ces chants D’oiseaux non questionnants De douces feuilles virevoltant Soleil éblouissant
Respirer tout le vent Jouir du calme ambiant Puis chez soi, être dansant Se rappeler de mouvements Jouer Chopin sans gants Voir son levain qui prend
Les tours de magie viennent Le scrabble n’apporte plus haine Cuisiner reste pérenne Tes moeurs deviennent les miennes Paroles d’amour reprennent Silences complices s’enchainent
Mon coeur pour toi demeure Nos pensées puisent ces heures Où revient la douceur D’être ensemble en bonheur De rires en toute splendeur Nous voguons en lueurs
Alors faut-il tenter De bien moins consommer De mieux se libérer Des entraves du marché Financier et quitter L’avoir pour l’être sacré ?
Lettres formées et virgules Garderont leurs belles bulles Partiront en calculs Dans des rimes, particules Etoilées de bidules De citrouilles et de tulles…
Avancer pas à pas Garder le cap Lever le nez Respirer Engranger les petits bonheurs Avancer pas à pas Plonger c’est remonter Hors de l’eau la tête Respirer Lever le nez Garder le cap Avancer pas à pas
En ce 52ème jour de confinement, assise sur le perron de la maison, le temps passe et je l’accompagne… Je l’écoute, il éveille en moi des lumières frêles ou anciennes, des lianes de vie entremêlées, une architecture de mille et un âges, la profusion faite présence, faite images et pensées, faite ingéniosité infinie, même quand l’exil est arrivé dans ma vie – et peut-être à cause de lui, qui sait?, car à ce moment-là, jetée hors de l’espace tendre et précieux, laissée sans lieu, il m’a pris contre lui, en lui, jurant qu’il serait ma mémoire ouverte: la clé est sur la porte, entre quand tu veux, viens respirer l’air de chez toi, l’air de là-bas, l’air du lointain et de l’intime, des aurores de jasmin et des terrasses aux draps blancs saturés de soleil ; viens goûter au temps des autres, à leurs questions, à leur labeur, à leurs rêves, à leurs défaites, connais leurs chagrins et le goût de leurs peurs …
J’ai amoureusement profité de cette hospitalité et lui ai accordé celle de mes passions pour que, conduit hors de lui-même, lui le temps, il connaisse l’éternité… En ces jours de confinement, il me montre encore ce que je croyais connaître: là, dans les angles morts, des amours timides patientent, d’humbles beautés, des présences si calmes, des dérobades aussi… Et j’en suis si émue que je me prends à désirer pour tous, un retournement qui déjouerait les angles morts, verrait large, ferait de chacun l’acteur et le témoin unique de ce temps: sa mémoire vive.
Confinement, semi-confinement, semi-déconfinement, déconfinement, où en est-on, comment titrer, il y a ceux dehors qui ne voulaient pas, ceux dedans qui veulent/doivent y retourner, ceux pour qui c’est risqué, allez-y mais pas trop, incertitude, incertitude.
Et il y a nous, dedans, dehors, toutes nos voix, cet espoir immense de ne pas recommencer tout comme avant, cette espérance titanesque de continuer autrement, avec un monde plus humaniste, plus local, plus durable.
Il y a plusieurs jours est né l’appel du 4 mai. Le 4 mai, parce que ce jour-là le parlement se réunira à nouveau pour la première fois depuis la crise. Cet appel est initié par des infirmier·ère·s, professeur·e·s, étudiant·e·s, réalisateurs·trices, entrepreneur·e·s, photographes, auteur·e·s, médecin·e·s, agriculteurs·trices, libres de tout parti et de toute organisation, vivant en Suisse romande, qui se sont regroupé·e·s face à l’inquiétude d’un retour à la normalité et du business as usual.
Le texte de l’appel, « pour un redémarrage humaniste, local est durable » est disponible sur ce site : https://appeldu4mai.ch
Cet appel sera remis aux autorités fédérales demain avec la liste des signataires, à ce jour 44’338 . Pour signer l’appel, cliquer ici : https://appeldu4mai.ch/index.php#participer
—
4m2 – pas de retour à l’anormal, tout commence!
Pas de retour à l’anormal, tout commence !* C’est le message porté par 4m2. Pour une autre reprise – écologique, locale et équitable, qui respecte tous les être vivants.
En ce temps de confinement, pas de regroupement possible pour mettre en avant l’appel du 4 mai et ces revendications. Mais pour les rendre visibles et tangibles, chacun·e peut sortir de chez soi, occuper un bout d’espace, urbain ou non, et tracer autour de lui·elle un cadre de 2m sur 2m, à la craie, au scotch papier, avec des cailloux, des pives, tout ce qu’on veut. Ecrire dans le carré, sur le sol, son slogan, sa revendication, son envie de changements avec ses propres mots. Puis s’immobiliser au centre de ce cadre et faire silence, le temps qu’on estime juste.
Ce geste a pour intention symbolique de permettre de respirer, réfléchir et ainsi ralentir les flux de redémarrage, qui reprennent déjà à un rythme effréné. Un redémarrage aveugle risque de ne pas tirer parti des enseignements de cette crise. Ne repartons pas aussi vite qu’avant en oubliant tout ce qu’on a pu constater.
Rien ne
nous sera-t-il épargné ? Après les bousiers humains, (pardon aux vrais
bousiers, vous de la grâce vous en avez !), après les bousiers humains
amonceleurs de papier hygiénique, qui en ont pour deux vies de torchages de
fion…
Après
les bouffeurs sans goût qui font la queue quatre heures, polluant, rageant,
nuisant sonorement pour un piètre hamburger pas bien loin du poison (240
précieuses minutes quand même,
qu’ils n’ont su employer à de plus prestigieux desseins, ces troufignons.)
Voilà
maintenant la horde repoussante des bricoleurs du dimanche, qui sortent du bois
le lundi, nous surprenant en mal un peu comme le fait cette fiente, qu’on
retrouve sur nos capots avant de partir au boulot.
Nous fera-t-on tout ? Qui sont-elles ces foules rampantes, ces amas écœurants de bas du front, qui ont tous les mêmes hobbies, les mêmes fringales angoissantes, au même moment, les mêmes consommations ? Est-ce pour ces déficients que des sages, des justes sont morts ? Pour sauver leurs libertés, conquérir leurs congés payés, leurs protections sociales, améliorer leur sort : eux les « découragens » ? Je les vois si petits, que je ne les vois presque pas… A priori pour ces abrutis je ne lèverais pas un doigt. Leur ferais même payer le fait qu’ils me glacent d’effroi. Mais qui sait – ne nous faisons pas plus méchant que je ne suis – comme je m’ennuie, bougerais-je peut-être même pour ça ? Tel le bon Ponce Pilate, pour l’instant en tout cas, mes mains je cours les rincer ! Pour ne pas me salir d’encore plus noires pensées…
C’est dans le quartier, c’est trop bien et il y a eu
un article dans la Tribune. Il fallait vraiment aller voir et se renseigner. Un
des objectifs de ce blog, mettre en lumière les actions positives, les bulles d’espérance,
ce qui est beau là, autour, tout près. Alors cap sur la Maison Ronde. L’écrin
de la Chorale de Saint-Jean.
Comment cela a commencé, on ne s’en rappelle pas bien.
Des affichettes sur les portes des immeubles, peut-être le deuxième, ou
troisième jour du confinement, annonçant qu’à 18h, on chantera Je t’emmène au vent de Louise Attaque,
il y a les paroles sur l’affiche. Alors côté cour ce jour-là à 18h, les gens
sortent sur les balcons. Les notes de la chanson retentissent depuis un petit
haut-parleur, une voisine dirige
depuis en bas ce chœur naissant, les gens chantent. Tout recommence le lendemain,
et c’est parti.
Un groupe Whatsapp pré-existant s’étoffe, les choses
s’organisent toutes seules. Très vite, une famille musicienne au balcon de
l’immeuble d’en face met sa sono à disposition pour remplacer le petit
haut-parleur et joue en live un morceau après la chanson du jour, il semble que
leur interprétation des Cactus de
Dutronc a marqué les esprits. Le pli est pris, le chant du jour est annoncé à
l’avance, puis deux ou trois chansons par jour.
Il y a eu des appels, qui s’occupe du mardi, du mercredi,
du jeudi. Chacun s’inscrit pour
organiser tel ou tel soir, ça roule, il y a des chansons pour les enfants comme
Buvons un coup ma serpette est perdue version
Henri Dès, des chorégraphies tous en mode Beach Boys avec Surfin USA. Chaque jour sans exception.
La chorale de Saint-Jean, appelée ainsi par la
Tribune et le nom est resté, devient de plus en plus créative. Des thèmes sont
lancés : la plage, les bébés, l’aérobic, une soirée en hommage au chanteur
Christophe, le Reggae, Queen, l’amour, les bulles de savon. C’était très beau,
les bulles de savon provenant de tous ces balcons s’envolant dans un ciel tout
bleu avec les notes de musique.
Il y a aussi des quiz, le voisin du jour pose des
questions, par exemple deviner une chanson, une série télévisée, un animal.
Parmi ces jours spéciaux, une course a été organisée dans la cour, une personne
après l’autre tournant en rond sous les applaudissements des balcons et la
musique à fond. Le but était d’atteindre les deux cent tours de cour.
Forcément, les voisins plus éloignés ou des curieux
sont attirés et viennent assister, ce qui n’est plus très distance physique
compatible. La police veille, bienveillante. Seul bémol, le jour où elle a dû intervenir à cause d’une
plainte pour cause de bruit. Certains ont le confinement plus sombre.
La
Maison Ronde
Benoît relève que le lieu est comme juste fait
exprès pour cela, un amphithéâtre au sens propre du terme. D’ailleurs, si le
son passe assez mal lorsqu’on est dans la cour en train de diriger le chœur,
depuis les balcons la sonorité est incroyable.
La chorale de Saint-Jean est donc en parfaite adéquation avec le lieu. Ce lieu, cette Maison Ronde surnommée Rotonde ou Colisée, un ensemble de cinq immeubles de six étages réalisé à la fin des années 1920 par l’architecte Maurice Braillard. Une architecture qui favorise les rencontres. Un ensemble classé monument historique depuis 1995.
Prendre
le temps de s’amuser
Et bien sûr, ce rendez-vous de 18h a renforcé les
liens et les solidarités entre voisins, même s’il y en avait déjà pas mal.
Hélia, 15 ans, insiste sur le fait que cette aventure quotidienne permet de
connaître des personnes qu’elle n’avait peut-être jamais vues. Comme tout le
monde a le temps, elle apprécie de prendre ce temps avec les autres et de
s’amuser avec ceux qui vivent juste à côté.
Benoît raconte que ce moment de 18h donnait du sens
et du courage pour la journée qui tendait vers ce rendez-vous, surtout pendant
les trois premières semaines, surtout quand on est confiné avec des enfants en
bas âge. Léon, 16 ans, confirme que c’est un bon défouloir en fin d’après-midi,
qui permet de décompresser après les télédevoirs. Pour Hélia, c’est un moment
qui remonte le moral à beaucoup de personnes vu les sourires sur tous ces
visages. Elle m’écrit par message, mais je peux voir les étoiles dans ses yeux,
comme c’était une bonne idée de réaliser plein d’activités, dont « des
projections de courts-métrages d’animation quand le soleil se couche ».
Aussitôt
dit aussitôt fait
Un des points forts de cette aventure, c’est la bougeocratie. Benoît n’en revient toujours pas. Si quelqu’un lance une idée par SMS, hop le lendemain c’est réalisé, concrétisé. Par exemple, l’idée de tendre une corde entre la Maison Ronde et l’immeuble d’en face pour matérialiser le lien sonore et virtuel, en y accrochant des bricolages. Ni une ni deux, c’est fait.
Laissons le mot de la fin à Hélia : « pis c’est toujours bien fait pour inclure toutes les générations ».