Par Gabriella Baggiolini
Flambées de peurs
Ondées d’espoir
hantent nos desseins
papillons tournoyant
en chute libre
dans l’incertitude
ce caravansérail ravagé
Publié le 21 mai 2020
Par Gabriella Baggiolini
Flambées de peurs
Ondées d’espoir
hantent nos desseins
papillons tournoyant
en chute libre
dans l’incertitude
ce caravansérail ravagé
Publié le 21 mai 2020
Par Mladenka Perroton
Ne te laisse pas faire, ma belle !
Ne te laisse pas faire, ma belle,
Pardonne-moi ce tutoiement,
Cette familiarité grossière
Que je m’octroie
Pour avoir passé
Vingt ans ensemble.
Je t’ai connue coquette,
Parfois capricieuse
Souvent exubérante
J’ai admiré ton teint
Tes parfums
Tes jupes épousant si parfaitement
Tes hanches.
Ne te laisse pas aller,
Je sens ton pouls ralentir
Ta vigueur te quitter
Je te prie,
Reste avec moi
Comme moi j’ai su rester à tes côtés.
C’est pour le meilleur et pour le pire.
Tes traits sont tirés,
Ne te laisse pas tromper par l’adversaire,
Ma belle,
Il y a des beautés
Sur lesquelles des négligences sont impardonnables.
Tu te plies et fermes tes portes
Ostensiblement
Barres,
Cadenas,
Joggeur seul
Banc seul
Matin seul
Rives désertes.
Point de festins
Ni d’invitations.
À ton sein
Tu n’exhortes que des innocents,
Les purs.
Ton visage du matin
Plat
Sans plis, sans goût, sans tout.
Si, soudain, tu m’oublies,
Sache que je ne t’oublie point.
Ne te laisse pas abattre, mon aimée,
Surprends-moi de quelques légèretés,
De tes inconstances.
Je ferme les yeux,
Entends-tu l’éclat d’antan
Dans l’ordinaire ?
Les images ouvrent leurs gorges
Pour chanter
La nuit est en train de partir
Et le jour n’est pas encore arrivé.
Laisse les vents converser avec une éloquence agitée,
Fais de tes traits un printemps perpétuel
Accorde-nous juste le temps de
Nous guérir de nos errances.
Le soleil naît de la noirceur
Il le fait toujours
Tous les jours
Quoi qu’il arrive,
Emboite-lui le pas,
Ma Genève.
Publié le 20 mai 2020
Par Anouk Dunant Gonzenbach
Le crieur public de la Concorde
La Concorde, ce n’est pas celle de Paris à midi le 15 août chantée par Prévert, c’est le quartier de Genève en pleine mutation, à cheval sur deux communes, Genève et Vernier, entre l’avenue d’Aïre et Châtelaine. Un périmètre en chantier, en densification depuis quelques années. Un mélange d’habitants dont c’est le lieu de vie depuis de très nombreuses années et de nouveaux venus. Une population mixte.
Le crieur, c’est Thibaut Lauer, adepte des projets spontanés même s’ils sont mal ficelés, convaincu que ce type d’initiative propose du sens même si tout n’est pas forcement impeccable, porté par ce qui conduit droit au cœur du lien. Thibaut est animateur socio-culturel à la Maison de Quartier de la Concorde et travaille avec sa collègue Floriane Pfister.
Le virus a eu raison de l’ouverture de la Maison de quartier, mais les animateurs ne se voient pas abandonner les habitant.e.s, pour certains fragiles et précaires. Alors, il faut innover, impensable de rester passif, tout en respectant les règles sanitaires. Thibaut et Floriane ont alors l’idée de faire revivre la coutume qui vient du fond des âges, celle du crieur public, pour établir ou renforcer les liens (inter)rompus par la pandémie.
L’action est annoncée par les canaux du quartier. Chaque habitant.e est invité.e à envoyer un texte, un poème, une citation à partager via courriel ou Whatsapp. Mots qui seront criés une fois par semaine, le mercredi, dans quatre lieux du quartier : rue Jean-Simonet, devant les immeubles de l’école Emilie-de-Mosier, aux Jardins du Rhône et à l’angle Henri-Bordier/Concorde.
C’est humble, modeste, sans moyen technique élaboré puisqu’il était impossible d’acheter quoi que ce soit, les magasins étant fermés. Un mégaphone, un téléphone, un câble sur le dos, et c’est parti. Le crieur et son acolyte, accompagnés par la suite par une jeune musicienne du lieu au Ukulélé, déambulent à la rencontre des différents endroits du quartier.
L’appel à textes n’a pas vraiment fonctionné, les propositions n’ont pas été nombreuses. Mais jolies : la légende du colibri de Pierre Rabhi ou la légende de la Terre-Mère des Hurons. Des citations de Mandela, Saint-Exupery ou Nietzsche, aussi. En revanche, il y a eu pas mal de demandes de musique dont Think d’Aretha Franklin, Asimbonanga de Johnny Clegg ou encore La fiancée de l’eau de La rue Ketanou.
Le crieur arrive dans la cour, au pied des immeubles, salue. Des mamans avec enfants qui jouent dans le lieu regardent d’abord avec étonnement. Issue du natel et amplifiée par le mégaphone, la musique s’élève et vient enjoliver pour un petit bout de journée ce quotidien souvent difficile à gérer. Dans certains lieux, l’ambiance est là, dans d’autres il s’agit d’apprivoiser ce moment, le lieu, les gens.
Au fil des mercredis (six en tout), le crieur affine la prestation avec sa connaissance du terrain chaque fois améliorée. On ne rencontre pas les gens sans un minimum d’attention. Au fil des mercredis, des visages timides apparaissent derrière la vitre, puis à la fenêtre ouverte ou sur le balcon. De très beaux regards, des partages de grands isolements, d’immenses solitudes. Au fil des mercredis, ces premières approches promettent les rencontres de demain.
Puis, doucement, voyant poindre la fin du confinement, il a été décidé de terminer ce projet, avec le public et en gardant une attention au lieu, plutôt que d’effriter l’action en queue-de-poisson. Habiller le terrain par cette prestation a été l’opportunité pour les animateurs socio-culturels d’être dans un lien, quel qu’il soit. Ce n’était pas léché, c’était doux, réalisé avec les moyens du bord, en adéquation avec les publics fragiles qui ont du mal quand c’est trop parfait. L’animateur a un visage, celle du crieur public. Il est repéré, identifié, un jeune bleuté par la vie a pu être ainsi aiguillé par un habitant sur une figure désormais connue.
Trois bouts de ficelle, des mots, des notes, une présence qui a permis la rencontre. Des applaudissements, parfois timides, à la fin. On est là au cœur du vrai, au centre de l’authentique. Le récit de Thibaut me fait frissonner. Cette action, une bulle d’espérance, une de ces petites bulles qui rendent le monde meilleur.

Publié le 19 mai 2020
Saints de glace
Le brouillard en lambeaux
Qui s’effilochent et s’accrochent
Aux feuilles ébouriffées
Traîne ce matin encor.
Je roule dans la grisaille
Et, voyant ma ville au loin,
Je songe soudain au jour
Où les masques seront tombés,
De papier, de verre, ou tissés
– Ces masques, ces parois, ces distances-
Je me prends à penser au jour
Où l’anxiété aura passé
Où la vérité sera révélée,
Et puis je songe enfin au soir
Où l’on pourra de nouveau
Se serrer dans les bras
Et laisser une larme perler
Entre deux grands éclats de rire.
Publié le 18 mai 2020
Par Bruno Mercier
Je baptise mes portes
Trentième jour de confinement.
J’habite une rue déserte dans une ville muette
Qui demande à être adoptée.
Ma vie joue à cache-cache derrière un mur.
Trois pièces, cinq portes, cinq fenêtres.
Je les baptise du prénom
D’un ami de cœur,
De mes enfants
De ma mère,
De mon petit-fils.
Je les ouvre et les ferme comme
Je déposerai furtivement
Un baiser sur leur joue,
Sur leur main,
Comme un bonjour,
Un adieu,
Comme un mouvement de liberté,
Conscient du bonheur
Que ces visites inventées m’apportent.
© Bruno Mercier, Lausanne, 13 avril 2020
Publié le 17 mai 2020
Par Leyla Tatzber
Le sabre et la liberté
Tranche franchement
Franchis et transgresse
ou pas
Franchis le pas
Un aléa t’élit, est-ce la chance ?
Une idée t’envahit, est-elle tienne ?
Un rêve te hante, l’as-tu fait ?
Un être te captive, en être captif?
Une chose te chamboule : un cristal en boule ?
De tout ce qui déboule, tout ce qui roule
T’enroule, se déroule, es-tu libre ? Es-tu vide ?
Vacant ?
Sabre, tranche, lègue, délègue ou délecte le morceau de choix.
Le sabre est ta part du roi.
Nomme le : discernement,
le sabre du dilemme !
L’attribut de naissance,
De tout ce qui vit,
Dans l’épine de la rose,
Dans le dard de la guêpe,
Dans l’érosion de l’os
Dans l’ivresse ou dans la tempérance.
Clamper, trancher, quitter l’exuvie
Et devenir le sabre, devenir liberté.
Publié le 16 mai 2020
Par Elizabeth Grech, Paris/Malte
Sillons
Je marche dans les sillons
d’un silence inédit.
Dénudées des habitants,
les rues portent le vide.
Le chant des oiseaux
prend plus d’espace
sur les arbres prêts pour l’été.
Du ciel dégagé naît
un air nouveau.
Paru à l’origine sur Babelmed.net, le magazine en ligne des cultures et des sociétés méditerranéennes.
Publié le 15 mai 2020
Par Anouk Dunant Gonzenbach
Nous nous sommes tellement manqués
Un petit garçon en ciré jaune avec un cartable sur le dos, il tient la main de son père, sous la pluie, sur le chemin de l’école. Je descends la même rue sur mon vélo, sous ce même déluge, les dépasse, et subitement il pleut aussi dans mes yeux. Nous sommes le lundi 11 mai 2020. Depuis huit semaines, les rues tristes sont vides d’enfants, les cloches des écoles résonnent dans le vide, le ballon coloré ne rebondit plus malencontreusement au milieu de la route. Ce matin, c’est comme un coup de ce ballon qui percute ma poitrine, me coupe le souffle, me paralyse un instant. Les enfants sur le chemin de l’école, le matin, ça m’avait tellement manqué.
Les restaurants s’entrouvrent, ré-ouvrent. Deuxième jour. Penser ne pas tenter, essayer, se lancer, réserver, oser, salle à manger aux impressions de château avec tout cet espace autour. J’étais habituée à ce lieu, pourquoi ne pas continuer. Revoir les serveuses, les serveurs. Ce n’est pas un coup de marketing de leur part, ce plaisir de se retrouver qui fulgure dans les yeux, ce n’est pas pour de faux, ce coup du ballon coloré dans mon plexus à nouveau, ce n’est pas convenu, nos sourires, demandes de nouvelles, joie réelle. Nous nous étions manqués.
Mercredi, troisième jour de cette étape majeure de déconfinement, jogging du matin tôt, au retour de la jungle du bord du Rhône, le passage piéton. Surtout, la patrouilleuse scolaire. Qui est là. Comme avant. Comme avant, quand on se lançait un bonjour, comme avant, où l’on échangeait un bref sourire, comme avant, quand tout cela semblait bien banal. Il s’en est fallu de peu qu’on se serre dans les bras, avec cette femme, que je ne connais pas plus que cela. Et pourtant. Nous nous étions tellement manquées.
Petits liens du quotidien, images qui déroulent la journée, balises toujours crues acquises, vous m’aviez tellement manqué.
Publié le 14 mai 2020
Par Bruno Mercier
Coronariens
Vingt-sixième jour de confinement,
Je voyage dans ma tête,
Tombe amoureux du monde entier,
Des hommes et des femmes des cinq continents,
Coronavirés ostracisés,
Coronaférés enfermés, isolés, retirés,
Privés de soleil et d’air pur.
Dans des rues vides, désertes,
Des espaces abandonnés,
De rares passants s’écartent sur le trottoir,
Coronagraben, fossé, abysse
Entre sains et positifs
Romands et alémaniques,
Coronagazés sans oxygène,
Le monde asphyxie.
Des travailleurs au tapis,
L’économie par terre,
Des paysans cloués au sol.
Qui criera demain : Debout !
Pour ordonner la relève,
Fouler le parvis des libertés ?
La vie renaîtra des cendres,
Je vous attends chers amis,
Prêt à fêter Pâques à l’Ascension,
Qu’importe,
Pourvu que nous soyons tous là !
© Bruno Mercier, Lausanne, 10 avril 2020
Publié le 13 mai 2020
Par Irene Strasly
J’ai dessiné ton visage
J’ai dessiné ton visage
avec mon doigt,
Le soir, sous les étoiles
Il est bon de t’imaginer
En train de caresser
les roses de ton passé
J’ai effleuré ton visage.
Mes mots, je les ai dits au vent:
Il m’a rendu visite si doucement
J’ai caressé ton visage:
À l’aube, un nouveau matin se lève.
Te voilà encore une fois dans mes rêves
Publié le 12 mai 2020
Par Alma Sartoretti, 16 ans
méli-mélo d’actualité
Pardon de vous écrire si tard, j’espère que d’autres auront été meilleurs élèves que moi…
J’ai moi aussi fait de la pâtisserie, mais je ne me suis pas vraiment découverte une passion, que j’avais déjà, mais au contraire du temps ! Si ça vous intéresse, je partage volontiers avec vous mes recettes favorites, muffins divers et variés, banana breads époustouflants, cakes au citron miraculeux, gâteaux à la ricotta et fleur d’oranger venus d’une autre dimension, la liste est encore longue.
Toutefois, une fâcheuse malédiction est venue assombrir le ciel bleu de mes pérégrinations culinaires… Peut-être Julie vous l’a-t-elle raconté, elle est désormais l’heureuse nourrice d’un magnifique levain, à l’aide duquel elle réalise des pains qui le sont encore plus. Vous vous imaginez donc bien ma hâte de pouvoir en faire autant, et transformer allègrement ma cuisine en boulangerie artisanale. Pour aggraver la situation, il fallait en plus que ma grand-mère confinée à Budapest m’envoie elle aussi quotidiennement des merveilles panifères faites grâce au Saint Levain. Ni une ni deux, je file chez Julie à vélo et ramène de chez elle un rejeton de sa créature fermentée, que je confie sereinement à ma mère, complice dans l’aventure.
Déjà nous nous enflammons, lui donnons des petits noms, le regardons avec tendresse et affection, nous projetons sans crainte dans des années de cohabitation, jusqu’à imaginer, la larme à l’oeil, le moment sacré où nous pourrons le léguer à la prochaine génération, ce levain majestueux qui a nourri tant d’estomacs affamés…
Mais, le destin ne nous réservait pas ce sort là. Je n’ai malheureusement pas été présente autant qu’il fallait, et ma mère m’expliquait qu’il suffisait de nourrir la créature “au feeling”, pas besoin de peser quoique ce soit, “les bergères de la puszta n’avaient pas de balances, elles”… Folies ! De fil en aiguille, ce pauvre levain arrivé à la mauvaise adresse a rendu l’âme, et nous n’avons rien pu faire pour lui d’autre que pleurer à chaudes larmes sur sa dépouille acide.
Les restrictions sanitaires s’assouplissent, oui mais pas toutes… Les événements de ces derniers jours m’ont révélé la réalité de la situation: seul ce qui contribue à l’activité économique est permis, le reste ne bouge pas. On se retrouve donc dans des situations absurdes, où il n’y a pas de soucis à s’agglutiner pour choisir sa salade à la Coop, acheter sa glace, prendre les transports en communs ou travailler sur les chantiers, par contre quelques citoyen.ne.x.s qui revendiquent pacifiquement dans la rue, dans le respect le plus complet des règles sanitaires, et zou au poste! (et ce évidemment sans que les policiers ne s’embarrassent de la moindre hygiène lorsqu’il s’agit de plaquer quelqu’un au mur en lui tordant les bras pour le menotter…).
Pas de retour à l’anormal. Je ne suis pas très optimiste, mais crois fortement en la nécessité absolue de ne pas revenir au modèle économique et politique que nous connaissions jusqu’ici, il en va de la survie de l’humanité et de la biodiversité que nous connaissons. Plus que jamais, la solidarité est cruciale, il faut abolir les privilèges et inégalités, aider tout le monde sans distinction.
J’appréhende avec curiosité néanmoins la crise économique qui semble être imminente, les pauvres vont-iels juste crever dans la misère et l’indifférence des riches toujours plus riches, pardonnez-moi mon vocabulaire, ou va-t-il y avoir une révolte populaire contre ce système pourri responsable de tant de malheurs? La masse de gens menés par le bout du nez, rendus dépendants de ce modèle économique, abêtis et réduits au rang de pions dont on se fout de l’avis va-t-elle réussir à prendre conscience – et les armes (littéralement ou pas, je ne suis pas pour la violence tant qu’elle est évitable) ? Je ferai pour ma part tout mon possible pour que la deuxième option se réalise.
C’est donc principalement alarmée que je suis, sentiment que partage visiblement Amnesty International, qui dénonce l’atteinte inquiétante à la liberté d’expression et aux droits citoyens que nous fait le Gouvernement.
J’ai fait au début quelques “grands” tours à vélo dans notre belle campagne, seule ou accompagnée, je compte m’y remettre bientôt. Je garderai sûrement en mémoire le mélange des moments doux et douloureux partagés entre ami.e.x.s, doux parce que l’on est ensemble, que l’on rit et l’on discute, douloureux parce qu’on est peu, que les autres nous manquent et que l’on rêverait de se prendre dans les bras, pour se dire des choses que l’on ne peut faire que comme ça.
Voilà, après trois pages de dissertation chaotique je mets fin au carnage, et espère que vous et vos proches allez au mieux.
Publié le 11 mai 2020
Par Bruno Mercier
Les semaines des sept dimanches
Ma ville fantomatique
Dort debout,
Sans air dans le métro,
Sans public sur les bancs.
Un soleil de fin du monde
Réchauffe des arbres en fleurs.
Je marche seul, perdu
Entre rues et parcs déserts.
Cataclysme
Le feu du virus apporte
Plus de malheur aux pauvres.
Mobilisation générale :
Les vieux, restez chez vous,
Au balcon pour prendre l’air.
Il n’y a plus de vie,
Paradoxe
S’il faut donner son sang !
Le monde n’existe plus,
Réalité ou fiction ?
Confinés, confinées,
L’état de guerre est déclaré.
Ma ville Musée Grévin se réveillera-t-elle ?
© Bruno Mercier, Lausanne, 19 mars 2020
Publié le 10 mai 2020
Par Elizabeth Grech, Paris/Malte
Le chant de la mer
Je marche pour atteindre l’impossible
j’écarte le brouillard
le silence efface mes pas
je marche le coeur las
la mélancolie les obstacles le noir
un brin de lumière transperce les arbres
souvenir d’une joie lointaine
je marche
je tombe, je me relève
je marche
je porte
dans mon paysage intérieur
le chant de la mer.
Publié le 9 mai 2020
Par Mladenka Perroton
Poème loup-garou
Maintenant que l’on ne remercie plus Dieu pour vendredi
Où troquer son costard par un jean délavé.
Que, ce midi
Le soleil n’est pour personne en particulier
Et que le temps nous palpe,
Ausculte nos appartenances.
Que le vin n’est plus le vin
Et que le chocolat sert à nous secourir
De la morsure de l’heure.
Maintenant que la ville nous cache son lac
Le jazz prend ses cliques et ses claques.
Dans les parcs,
Les tourniquets font silence
Qui déchire les tympans.
Maintenant que le coucher de soleil offre son spectacle
Pour pas cher,
Le monde,
Dégarni de son Sud
Puis de son Nord,
Et incessamment sous peu
De son Ouest et d l’Est.
Que la gare est là
Mais il lui manque des destinations
Entre désirs et rêves,
Les cartes postales
D’une vie
Où il fut un dehors et
Un ciel à chaque fenêtre.
Mon poème devient un loup-garou
À minuit sonné.
Il rugit
Pour faire peur à l’aube,
Cette menace sur l’obscurité de son impatience.
D’un arbre à l’autre
Un murmure se répand
D’un renouveau,
Quarante nuits
Et quarante renoncements plus tard.
Publié le 8 mai 2020
Le préambule de notre Constitution fédérale, l’appel du 4 mai, les carrés de craie et la revue de presse
Il y a quelques jours j’écrivais : Et aujourd’hui il y a nous, dedans, dehors, toutes nos voix, cet espoir immense de ne pas recommencer tout comme avant, cette espérance titanesque de continuer autrement, avec un monde plus humaniste, plus local, plus durable.
Appel du 4 mai
Ce billet se référait à « l’appel du 4 mai« , appel qui a été remis aux parlementaires fédéraux lundi passé à midi, muni de plus de 50’000 signatures.
Ce texte demande aux parlementaires de mettre en place une reprise économique :
• Plus sociale
– Valoriser les professions qui se sont montrées essentielles en ces temps de crise
– Reconnaître le rôle fondamental du travail domestique largement effectué par des femmes
– Soutenir les oubliés des programmes de soutien « COVID » (« petits » indépendants)
• Plus locale
– Favoriser les circuits courts
– Réduire les dépendances internationales (alimentation, produits médicaux, etc.)
• Plus écologique
– Conditionner les soutiens à des activités économiques durables.
Le préambule de la Constitution fédérale de la Confédération suisse
Voici un autre texte à redécouvrir, qui n’est autre que le préambule de notre Constitution (état au 1er janvier 2020):
« Le peuple et les cantons suisses,
Quel programme ! Ce préambule de la Constitution est un texte puissant et magnifique. En fait, si on regarde de plus près, on pourrait se dire que l’appel du 4 mai ne demande rien d’autre que de respecter la volonté de ce texte. Nos ancêtres étaient déjà sur le coup d’un monde juste! Mais quelque chose s’est perdu en route.
#4m2
Alors pour redire aux parlementaires et aux politiques et pour rendre visible et tangible la volonté d’une reprise humaniste, écologique et locale, des actions symboliques, calmes et non-violentes et respectant toutes les mesures de sécurité en vigueur ont lieu de 12h à 12h15 chaque jour depuis ce lundi 4 mai : des personnes tracent par terre à la craie des carrés de 4m2 devant des maisons, gares ou places, sur des trottoirs, chemins piétons ou alors là où la fantaisie les mène. Elles dessinent des cœurs, des fleurs dans le carré et y écrivent des mots exprimant leur souhait d’un avenir respectueux. Elles se mettent ensuite à l’intérieur, quelques minutes. Les villes fleurissent ainsi de carrés porteurs de mots d’espoir, sous le signe #4m2.
Relevés d’identité et menottes
A Genève, la police procède à des relevés d’identité de personnes dessinant ou se tenant à l’intérieur de ces carrés, même si les distances sanitaires et le nombre de cinq étaient respectés. Précisons qu’à cette date en Suisse, à l’extérieur, il faut être à distance de deux mètres et il ne peut pas y avoir de groupes de plus de cinq personnes, à deux mètres de distance les unes des autres. Mercredi 6 mai, la police menotte violemment deux personnes et les emmène au poste.
Le mouvement se veut dans le dialogue, le respect des règles sanitaires et la construction d’un avenir plus juste et plus solidaire. Et il compte bien le rester. Craie à la main.
Interdiction de manifester et droits d’expression
Tout cela pose de la question de la liberté d’expression et de manifestation pendant cette période de pandémie. Amnesty Suisse s’en est inquiété et a demandé des directives claires pour que l’expression politique dans les lieux publics soit restaurée et que l’état d’urgence soit partiellement levé.
Revue de presse :


Publié le 7 mai 2020/ mis à jour le 24 septembre 2021
Par Véronique Kaufmann
Qu’est-ce que le confinement ?
Peut-être ce doux instant
Où nous prenons le temps…
De ne plus suivre le rang
Et lire de longs romans
Redevenir des amants
D’écouter les enfants
Et marcher en sentant
Que tout n’est que ces chants
D’oiseaux non questionnants
De douces feuilles virevoltant
Soleil éblouissant
Respirer tout le vent
Jouir du calme ambiant
Puis chez soi, être dansant
Se rappeler de mouvements
Jouer Chopin sans gants
Voir son levain qui prend
Les tours de magie viennent
Le scrabble n’apporte plus haine
Cuisiner reste pérenne
Tes moeurs deviennent les miennes
Paroles d’amour reprennent
Silences complices s’enchainent
Mon coeur pour toi demeure
Nos pensées puisent ces heures
Où revient la douceur
D’être ensemble en bonheur
De rires en toute splendeur
Nous voguons en lueurs
Alors faut-il tenter
De bien moins consommer
De mieux se libérer
Des entraves du marché
Financier et quitter
L’avoir pour l’être sacré ?
Lettres formées et virgules
Garderont leurs belles bulles
Partiront en calculs
Dans des rimes, particules
Etoilées de bidules
De citrouilles et de tulles…
Publié le 6 mai 2020