Par Gabriella Baggiolini
Intouchables – tous reclus
dans un péril sans visage
maître des lendemains
quand il suffit
d’un coussin rose carmin
saponaires accrochées
au muret d’une vigne
pour déverrouiller nos âmes
Publié le 28 avril 2020
Par Gabriella Baggiolini
Intouchables – tous reclus
dans un péril sans visage
maître des lendemains
quand il suffit
d’un coussin rose carmin
saponaires accrochées
au muret d’une vigne
pour déverrouiller nos âmes
Publié le 28 avril 2020
Par Stéphanie de Roguin
La ville retentit de son silence
Voies désertes ou ponctuées de quelques badauds
Des binômes éventuellement, qui ont orchestré leur rencontre,
Chronomètre en poche, à cheval sur la distance adéquate à maintenir.
Sortir pour faire ses courses, liste à la main,
Surtout ne rien oublier,
Faire gaffe, respecter la ligne de scotch jaunie,
Sourire à l’employée masquée qui nous désinfecte les mains au spray,
Respecter la ligne, la limite, la séparation, la cloison
Autant que les cloisons des quatre murs qui nous protègent.
Confinement : pas de place à la surprise
Tout est contrôlé, quadrillé, le temps comme les émotions,
Le temps comme les élans d’amour, vers cet autre qui n’est pas,
Vers cet autre qui fuit, vite, entre ses quatre murs.
Le confinement n’est pas si solitaire,
Les amis toujours bien là, au bout du fil, au bout du skype, au bout du zoom,
Fidèles à eux-mêmes,
Les amis qu’on a l’impression d’avoir vu hier même quand deux mois se sont écoulés.
Ce qui manque, ce sont les rencontres de hasard,
Les coïncidences bienvenues,
Les âmes qui s’attirent toutes seules,
La magie des cœurs qui s’appellent,
Les heureuses surprises qui éblouissent une journée.
Tenir les distances
Ravaler les élans de joie, les élans d’amour, les élans d’humain
La surprise et l’aléatoire au rebut.
Publié le 27 avril 2020
Par Anouk Dunant Gonzenbach
Incertitude, enfants, chronique
Genève, virus, 13 mars 2020, 17h
C’est un vendredi soir
Stay at home
D’un coup les écoles ferment
Soulagement, ils n’ont pas l’air touchés
Qu’en faire à la maison
Genève joue le jeu,
Seulement maximum cinq enfants par école
Au service de permanence
Floraison d’idées sur la toile
Pour les petits
Panique à bord de l’école en ligne
Enseignants, parents,
Pour les moyens
Les groupes Whatsapp chauffent
Chez les grands ça passe
Il y a ceux qui profitent
Ceux pour qui l’enfermement
Est violence
Ceux qui n’ont pas accès à un ordinateur
Même pas un Ipad
Même pas un Iphone
En Suisse heureusement
Il y a dehors
De ce semi-confinement
Mais dehors pas groupés – bonne chance
Le lapin de Päques sera-t-il confiné
Qu’en faire à la maison
Ecran
Cuisine
Ecran
Confinement
Parents qui ont les ressources
Parents qui n’ont pas les nerfs
Les écoles restent fermées
Soulagement les enfants n’ont toujours pas l’air touchés
Deux mètres et gel désinfectant
Comment s’en sortir
Ça va rouvrir
Peut-être
Casse-tête
Et les crèches
Pas d’enfants sur le chemin de l’école
Ville triste
Ceux qui n’ont plus rien à manger
Parce que le père
Sur un chantier, migrant, chantier fermé
Et 45 jours plus tard
Redémarrer les activités professionnelles
Mais pas d’école
Casse-tête
Incertitude
Plus dangereux de les regrouper
Ou de les laisser isolés
Chez eux
Où seront les plus gros dégâts?
Panique à bord au département de l’instruction publique
Reprendre ou ne pas reprendre
Reprendre et comment reprendre
Incertitude
Déconfinement
Incertitude
Publié le 26 avril 2020
Par Mladenka Perroton
Viens te coucher dans mes mots
Viens te coucher dans mes mots
Viens,
Y poser la tête
Lourde de la variété du noir.
Viens changer tes ombres,
Viens parce que c’est souple
C’est tout doux,
Il y en a pour les colères
Les chagrins
Les souvenirs
Surtout pour les souvenirs
Pour les envies qui pincent le cœur.
Viens pour recevoir les baisers des mots
Pour partager les solitudes
Aromatisées
La mienne sent la lavande de Provence,
Tu connais ?
Et la tienne, de quel parfum s’habille-t-elle ce matin ?
Viens, car il n’y a que les mots,
Indemnes
De la convoitise des nuages.
Publié le 25 avril 2020
Par Bluette Staeger
Fantômas
Confinée et lasse
Je pourchasse
Sur mon atlas
Un virus vorace
Qui nous menace
Et se déplace
Tel un rapace
Dans l’impasse
L’espoir se prélasse
Le Covid agace
Tel un Fantômas
Tenant la place
Invisible vivace
Et plutôt coriace
Les êtres grimacent
Derrière les sas
Et les plexiglas
Ils angoissent
Parce qu’hélas
En disgrâce
Certains trépassent
Le temps passe
C’est la poisse
Sur sa paillasse
Seul face à face
On rêvasse
D’une tignasse
Que l’on embrasse.
Publié le 24 avril 2020
Le corona vit
Le corona vit rouge
Le corona vit chinois
Le corona vit Venise (et ne mourut pas lui…)
Le corona vit russe
Le corona vit rousse
blonde, brune, ambrée, lisse, crépue
Roux, blond, châtain, chauve souriant, chauve triste
Le corona vit pères,
mères, sœurs, frères, aï-
eules,
aïeux, cousins, cousines, copains, copines
Le corona vit noir,
blanc, jaune, rebeu
Le corona vit tout le monde
Tout petit petit
mais grand voyageur le corona
Putain de touriste
viral
Le corona vit
Vivons aussi !
Avec et bientard sans lui
Des confins nous ferons fi
Des confins nous ferons
des confettis
Publié le 23 avril 2020
Tel l’arbre ?
Tel l’arbre,
S’ouvrir au ciel
S’offrir à la terre.
Regarder en nous
Ce qui ne l’est pas.
Ce que jugement abaisse,
Ce qu’identitaire relève.
Tel l’arbre,
Se moquer de l’hubris,
Mais s’allier à la mètis,
Faisant fi de Nemesis.
Tel l’arbre,
Rester dans la mesure du temps.
L’allure du berger aux pas lents.
S’ouvrir à ce qui ne nous est pas.
Tel l’arbre,
Vivre au-delà de soi.
Être en se fondant à ce qu’il n’est pas.
Un ex sistere, un dehors de lui.
Notre clepsydre, notre horloge à eau.
Tel l’arbre,
Un soufflet et repousserait sa forêt.
Publié le 22 avril 2020
Par Gabriella Baggiolini
Ailleurs
Demain
Mots squelettes privés de chair
parqués dans nos antichambres
Ici
Maintenant
Le temps du lilas
et des tartes à la rhubarbe
Emotions primaires
Voyages immobiles
vers un supplément d’âme
Publié le 21 avril 2020
2020, Odyssée et espace
C’est l’histoire d’un virus, SDF et hirsute qui s’est bien rouge fâché.
Il a fait l’tour d’la terre et nous a tous trouvés asphyxiés, prisonniers
De nos succédanés, de nos damnés succès.
Alors pour nous punir, nous faire réfléchir,
Derrière des portes closes, il nous a enfermés et coronavissés.
Et il n’attend qu’une chose avant de s’en aller, c’est qu’on ait enregistré
Le message très simple qu’il vient nous apporter :
Tandis que se dissipent les écrans de fumée, humains du monde entier,
Emplissez vos poumons d’un air non pollué par vos échecs passés.
Et hyperventilés, au bord du vertige, rassemblez forces vives et désirs avortés.
Oubliez les zapettes, plateaux micro-ondés, les supposées conquêtes
Qui vous ont amenés dans des prisons dorées.
Entre radio silence et des pensées qui dansent,
Lâchez vos certitudes, changez vos habitudes.
A ce prix-là peut-être sentirez-vous monter le courage qu’exige
La rencontre sauvage avec la liberté.
Publié le 20 avril 2020
Par Anouk Dunant Gonzenbach
Toi qui es là-haut, ou quelque part
Toi qui est là-haut, ou quelque part,
Donne-nous aujourd’hui, à tou.te.x.s, notre pain quotidien,
Du vrai pain, de quoi manger, pour tout le monde, ceux qui dépendent des colis du cœur, de la cantine scolaire fermée, d’un peu d’argent péniblement gagné, pour le pain spirituel, on verra après, l’estomac à peu près plein, et aussi un toit ;
Pardonne à tous ceux qui ont voté pour diminuer les budgets de l’éducation, réduire le nombre de lits par habitants dans les hôpitaux, qui arrêtent les camionnettes de livraison de nourriture, qui ont choisi la puissance et la gloire et l’argent au lieu de l’humanité, mais qu’ils changent, car nous n’oublions et n’oublierons pas;
Ne nous laisse pas entrer en tentation de tout recommencer comme avant, de rouvrir le ciel à tout-va, d’oublier les légumes locaux, de continuer à délocaliser ;
Et délivre-nous du mal, du tordu, de ce qui engendre la souffrance, délivre-nous de la souffrance des confiné.e.x.s à plusieurs dans des studios, des confiné.e.x.s avec leurs bourreaux, de la violence qu’on ne quantifie pas encore, des dirigeants qui cassent tout, de ceux qui voudront profiter pour avoir encore plus au détriment de ceux qui auront encore moins ;
Puisque ce n’est pas la fin du monde, et que cela va continuer encore pour quelques siècles, espérons que ce soit la fin d’un monde, faisons que ce soit la fin de ce monde globalisé emballé dans un système économique qui a engendré la crise climatique,
Remettons tout cela en question
Arrêtons-nous pour faire le bilan
Et prenons des décisions à la lumière d’une justice
au profit de toute la planète
Ne continuons pas tout comme avant
Je vous en prie,
Je nous en prie
Toi qui est là-haut, ou quelque part, ou bien.
Publié le 19 avril 2020
Par Gabriella Baggiolini
Au carnaval des confinés
Bientôt tous en scène
Paroles encapsulées
Sous nos masques de papier
Le cœur au bord des yeux
Regards revolvers
Ou regards baiser
Nos sourires à réinventer
publié le 17 avril 2020
Par Mladenka Perroton
Bains des Pâquis
Entre moi et Bains des Pâquis
Un lac
Un ponton
Une rangée d’escaliers
Un portail
Une chaine et
Un cadenas.
Mais je ne sais pas à qui le dire.
Entre moi et Bains des Pâquis
Fantômes
Jet d’eau
Jet d’encre
Poèmes qui sauvent,
Sauve-qui-peut.
Entre moi et Bains
Bains à l’aube
Bains de jour
Bains de soir
Bains de nuit
Entre moi et Bains des Pâquis
La vie
M’attend
Enveloppée dans le printemps.
07.04.2020
publié le 16 avril 2020
Par Françoise Favre-Prinet
Voilà, c’est comme ça aujourd’hui:
tout ce qui est convenu ne tient pas, ne me tient pas,
ne m’aide pas à résister.
Tout est brouillé dans la poussière
sur laquelle je me penche pour tracer
de nouveaux signes.
Sous mes doigts, dans ma paume,
je la sens douce et chamottée
elle m’inspire… j’ai le temps d’essayer.
Si l’à-quoi-bon se cache
derrière presque tout,
se jette soudain à mon visage –
et pire, à mon coeur! -:
balayé!
Ce n’est pas un déni,
la conscience est claire:
il y a la détresse du monde et moi face à elle,
elle est le poing, je suis le ventre,
je ploie.
Au pied de l’escalier fleurit la giroflée,
la beauté me considère
je suis son obligée.
publié le 15 avril 2020
Par Lakan, 14 ans
La joie de l’enfermement
Les nombreuses activités des hommes ont cessé.
Ainsi que leur énorme et toxique pollution.
Il y a de la gaité dans cette réclusion.
La planète chante, à présent, d’une voix euphorique
En remerciant le virus tant détesté
De lui accorder une pause si bien méritée.
Je me retrouve à la maison sans but précis,
A part dessiner pour montrer ce que je vis.
Mes livres m’appellent et je compte bien leur répondre
Même si la situation est à se morfondre.
Mais étonnamment, ce n’est pas pour me déplaire,
Car c’est dans l’ennui que l’imagination se terre.
Mon encre est ma pensée, mon stylo en est la clé
Nous sommes confinés, mais pas pieds et poings liés.
publié le 14 avril 2020
Par Denise Mützenberg
Visite pascale
Depuis quelques jours j’ai une colocataire
Pourtant je m’étais faite à cette solitude
j’étais libre d’aller et venir en pyjama
jusqu’à point d’heure
entre l’ordinateur et le balcon
d’est en ouest
entre les amis virtuels, tout proches, et les autres lointains
de l’autre côté de ma petite vallée
Depuis longtemps
plus de baisers, plus d’accolades, plus d’approche
on en venait à oublier la tiédeur des vivants
Et soudain
cette visite inopinée !
Confinée avec moi ?
D’où venait-elle ?
ma porte était fermée
C’était Vendredi-Saint
J’écoutais la Passion selon Saint-Jean de Bach
et tout à coup
elle a été là, tout près
me disputant la couverture du disque sur lequel
je suivais le texte en allemand
comme la chatte de ma sœur couchée sur son cahier, ses livres, ses papiers
Autrefois je l’aurais chassée
mais cette fois
dans ce manque de présence réelle, de corps en mouvement
je n’ai pu m’empêcher de l’accueillir
en riant intérieurement
de ma mansuétude presque attendrie
Libre, se moquant des interdits,
elle vivait sa vie à elle, allait et venait sans s’occuper de moi,
apparemment du moins
Aimait-elle Bach ?
Plongée dans ma musique je n’ai pas vu qu’elle s’éloignait
Le soir tombait
Où était-elle ?
Quelle surprise un peu plus tard en entrant dans la salle de bains
de découvrir qu’elle m’y avait suivie
la coquine !
Etait-elle en train de s’apprivoiser ? de m’apprivoiser ?
Allait-elle partager mon confinement
jusqu’ à la fin ?
Aujourd’hui c’est Pâques
elle est toujours là
compagne discrète
tournoyant près de ma fenêtre
tandis que j’écris ce texte
Et je me surprends à me demander
avec une ombre d’anxiété :
Ça vit combien de temps
les mouches ?
Jour de Pâques 2020
publié le 13 avril 2020
En 2017, je lisais ce texte aux Bains des Pâquis, à l’aube du dimanche de Pâques. En ce dimanche de Pâques particulier, un sens renouvelé.
Ressuciter, c’est pour bientôt ?
L’aube de Pâques, dans
l’espérance de la Résurrection.
Et pour moi, ressusciter, quelle signification ?
Jésus l’a fait une fois, et c’est bien comme ça.
Mis à mort, dans un acte de
pure violence, sous les yeux de tous
Il a ressuscité par amour, discrètement.
Le grand renversement, jusqu’au bout de sa vie et complètement.
Marie court, elle a vu le
retournement, elle ne comprend pas
Mais elle sait
Et moi, bien après Marie, comment aborder la Résurrection ?
D’abord
Le tombeau vide, une mauvaise surprise au prime abord
Un abandon ? non.
Depuis ce tombeau vide de ce qui l’a rempli
Le vide accouche de la plénitude
Accepter ce vide désarçonnant et angoissant
Accepter ce vide au fond, c’est enlever la pierre
Découvrir le lieu intime, à l’intérieur,
Où il y a de la place, où je fais de la place, où peut-être est Dieu
Qui pour cela a ressuscité une fois, et c’est bien comme ça
Marie court, elle a vu le
retournement, elle ne comprend pas
Mais elle sait
Et moi, bien après Marie, comment aborder la Résurrection ?
Ensuite
Dans l’espérance infinie
De se relever toujours
Non pas après
Mais maintenant
Entouré,
Avec ceux qui cherchent
Dans l’espérance infinie
de susciter à nouveau, une fois à terre
Les forces de la vie
Mon espérance à moi
ce n’est pas la Résurrection après la mort.
Jésus l’a fait une fois, et c’est bien comme ça.
Mon espérance à moi,
Grâce à cette unique Résurrection,
Grâce à ce vide désormais apprivoisé
C’est la confiance en la vie malgré tout
En l’amour plus fort que le
pouvoir
En des petits renversements quotidiens
C ‘est que malgré les minuscules ou immensément démesurés Golgotha
La non violence l’emporte sur la violence gratuite
Les fleurs sur la puissance
C’est l’amour, dans les petites ou grandes choses, qui prend l’avantage
C’est cette espérance
A l’aube de chaque matin.
Ressusciter, c’est pour bientôt ?
Je crois que ressusciter c’est ici et maintenant
A l’aube de chaque matin.
Anouk Dunant Gonzenbach
publié le 12 avril 2020