Port de Loguivy de la Mer, marée basse, une trentaine de bateaux à cale sèche posés sur le sable, les goélands, leurs cris, le phare de la Croix au loin, sur une toute petite île, un phare pas très haut dont le haut est peint en rouge, les maisons autour du port, le petit parking, la cabane de la crêperie, le restaurant Au grand Large. Le monument aux aviateurs anglais morts pendant la guerre au pied de l’église, récente église mais sa vierge en bois provient du 14e siècle, immenses coquilles saint-jacques sur le sable découvert par la marée basse, un scooter rose, les nuages dans le ciel bleu comme des moutons dans un tableau, les crêpes qui dégoulinent de caramel au beurre salé, le rayon de soleil sur le bateau de pêche rouge, les volets bleus couleur de la vierge mais il y en a aussi des rouges. Les agapanthes, plus haut dans les ruelles, au pied des murs et dans les jardins, et les roses trémières.
De là les pêcheurs partaient pour l’Islande et les Terre-Neuvas, conditions de vies abominables sur les goélettes, naufrages, veuvages, orphelins, les armateurs de Paimpol ne s’embarrassaient pas de considérations humaines, la pêche à Islande, dur destin des marins, des pêcheurs, la grande pêche. La morue. Cette histoire se ressent, là, des calvaires, des monuments avec les noms des bateaux naufragés, des marins et pêcheurs noyés, des veuves restées sans ressources, pas les noms des armateurs riches toujours plus riches, la grande pêche, la morue.
Sur une table de la crêperie j’écris, le petit port sent la mer, la tranquillité, le caramel salé, la lumière bretonne de l’été. Loguivy de la Mer.
Update printemps 2024: et ça continue! Développement toujours ci-dessous. Update de cette fin d’été 2023: le serpent grandit à nouveau! Développement ci-dessous.
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25 juillet 2022: le début de l’histoire
Il ondule à Saint-Jean et grandit au fil des jours grâce à tout le monde: voici le serpent en galets peints du quartier. Sur une idée découverte à Jussy où se développe un rocksnake, voici le principe:
Chacune, chacun décore une petite pierre, un caillou, un galet et l’ajoute en déplaçant la queue, et on verra bien jusqu’où on ira! La participation est ouverte à tout le monde!
De la peinture et de la fantaisie, tout simple. Amusons-nous joyeusement en couleur! Lancé par un collectif du coin, habitant.es d’ici et des Ouches.
Partagez vos photos, votre créativité et vos idées: #serpentengaletsdesaintjean
Le serpent grandit: une famille du quartier a envoyé cette photo, une adorable petite main ajoutant son joli galet:
Le serpent est arrivé il y a un mois fin juillet 2022, il continue à grandir et tous les soirs on peut admirer de nouveaux galets ! Un atelier est organisé par le Forum 1203 samedi prochain 3 septembre dès 10h dans le cadre de La rue est à vous au Devin-du-Village, à votre imagination!
Les photos de l’atelier:
Début octobre 2022: le serpent a grandi de 20 cm à 20 mètres en huit semaines! A vos pinceaux, vos couleurs, vos idées, on va jusqu’où ?
Fin août 2023 Cela fait un moment que je me demandais quoi faire avec ces galets peints un peu décolorés, l’hiver avait passé par là. Tout enlever, les laisser? Le serpent a gardé fidèlement les poèmes de jardin depuis le printemps, puis les poèmes se sont envolés. Et puis un nouveau galet peint a fait son apparition, puis un autre (du coup comme une larme d’émotion dans mes yeux). Et puis un rallye familial a inclus un poste galets peints (quelle belle rencontre dimanche dernier). Et puis la jeune Paula aus Greifswald est venue nous rendre visite. Et puis je l’ai embarquée pour repeindre la tête du serpent, qui avait perdu ses couleurs. Et puis voilà, c’est reparti.
Septembre 2023 Cela se passe comme ça dans le quartier! Une meute de jeunes scout.e.s, louvettes et louveteaux, sont venus déposer leurs galets réalisés pendant leur séance de l’après-midi. Des adorables petites mains les ont soigneusement déposés, dans un bruissement de rires. Des taches de peinture partout, spécialement sur leurs petits nez!
Mars 2024 Ce second hiver du serpent a rendu à nouveau certains cailloux un peu pâlichons, mais ce reptile a une ascendance Phénix avérée. Une fin d’après-midi, en revenant du travail, je découvre de nouveaux galets super jolis, des fleurs, un poing levé. Alors je lui ai remis une tête (quelqu’un avait dû bien aimer celle repeinte par la jeune artiste allemande), et tout repart! On verra bien.
Pentecôte est une fête chrétienne célébrée le septième dimanche après Pâques (plus exactement le cinquantième jour à partir de Pâques) et dix jours après l’Ascension pour commémorer la descente du Saint-Esprit sur les apôtres. Le mot « Pentecôte » vient du grec ancien et signifie « cinquantième jour ».
Ce que dit le texte :
« Quand le jour de la Pentecôte arriva, ils se trouvaient réunis tous ensemble. Tout à coup, il y eut un bruit qui venait du ciel comme le souffle violent d’un coup de vent : la maison où ils se tenaient en fut toute remplie ; alors leur apparurent comme des langues de feu qui se partageaient et il s’en posa sur chacun d’eux. Ils furent tous remplis d’Esprit Saint et se mirent à parler d’autres langues, comme l’Esprit leur donnais de s’exprimer. »
Où dans la Bible trouve-t-on ce récit ?
On trouve ce récit dans le livre des Actes des Apôtres, qui est écrit après l’Évangile de Luc, mais que l’on trouve dans la Bible après l’Évangile de Jean (Actes 1, 2).
Que signifie la Pentecôte ?
Cet événement signifie que Dieu donne son esprit, l’Esprit saint, à tous. Pentecôte fait intervenir la troisième personne de la Trinité, le Saint Esprit. Les disciples qui l’ont reçu peuvent alors le répandre à tout le monde, dans toutes les langues et annoncer que le Christ est vivant. Pentecôte est également considéré comme la date de naissance de l’Église au sens collectif.
Pourquoi le lundi de Pentecôte ?
Pentecôte tombe toujours un dimanche entre le 10 mai et le 13 juin. Elle se poursuit le lendemain, dans certains pays, par un lundi de congé, appelé le « lundi de Pentecôte ».
Depuis quand fête-t-on Pentecôte ?
Pentecôte est à l’origine la fête de la moisson, puis elle devient la fête juive qui commémore l’Alliance de Dieu avec son peuple et qui a lieu 50 jours après Pâques. Pentecôte devient ensuite également une fête chrétienne. C’est ainsi une fête qui marque la naissance des deux religions : les juifs commémorent le jour où Moïse reçoit les dix commandements, les chrétiens celui où les disciples de Jésus reçoivent l’Esprit saint.
Comment se fête la Pentecôte dans la Genève réformée ?
Les fêtes sont bannies du calendrier genevois à la Réforme. À partir de 1550, le seul jour chômé est le dimanche. À partir du 17e siècle, certaines fêtes sont réintroduites, comme la fête des Rois. C’est à partir du 18e siècle que l’on recommence timidement à fêter les jours importants, explique le professeur Christian Grosse.
La Pentecôte pour aujourd’hui ?
Profitons-en pour parler ici de la croix huguenote et de la colombe qui la compose, souvent associée à Pentecôte. La colombe qui pend sous la croix représente le Saint-Esprit, oiseau qui descend du ciel vers la terre, symbolisant la présence de Dieu qui descend sur nous. Cette colombe est également représentée par une goutte, interprétée de diverses manières : une larme, une fiole, ou la langue de feu que reçoivent les disciples le jour de Pentecôte. Beaucoup de choses ont été écrites sur le lien entre la croix huguenote et Pentecôte. (voir « pour aller plus loin »).
On peut voir en cette colombe une image antérieure, celle de l’Esprit Saint qui descend sur Jésus le jour de son baptême. La Bible raconte que lorsque Jésus eut été baptisé, il sortit de l’eau, les cieux s’ouvrirent et il vit alors l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. L’Esprit Saint est alors en Jésus, sur terre. Après l’Ascension, il est remonté auprès de Dieu. C’est à Pentecôte qu’il revient sur terre, et l’image de la colombe est à nouveau là.
Pentecôte de Giotto, environ 1310-1318 Bequeathed by Geraldine Emily Coningham in memory of her husband, Major Henry Coningham, and of Mrs Coningham of Brighton, 1942. Object Number: NG5360 National Gallery, Londres
Il s’apelle
Jean Batsi et apparaît sur une page dans le troisième volume de la trilogie
« Un pape suisse » de Jacques Neyrinck, il vit dans les sous-sols de
la gare de Milan, toi tu lis l’histoire et il te fait pas trop rêver ce
personnage qui est gris de crasse, qui survit avec les restes de la rue et les
fonds de bouteille et qui t’emmène loin de l’univers des premiers romans où tu
buvais avec ce qui se révélera être son cousin un bon vin de Fully au soleil
couchant sur la terrasse élégante en face des sommets alpins.
Sauf que Jean Batsi, qui sent mauvais et qui a les dents pourries, qui en est arrivé à la rue après un licenciement, un divorce, la fin de droit du chômage, la chute qui ne cesse de chuter et puis la cassure finale, tu te dis que Neyrinck est vraiment fort en matière de réalité, ce clochard donc quand il arrive à avoir son verre de vin, qu’il voit une photo de fille nue bien charnue ou qu’on lui offre miraculeusement un repas, il s’exclame invariablement « la vie est bonne ».
Et là tu le trouves sympa ce Jean, parce que l’auteur évidemment te conduit à le trouver sympa, mais c’est plus que de la sympathie, et tu te dis que son expression elle est pas mal, qu’il a raison, et tu vas te surprendre à la réutiliser. Pas dans le même contexte bien sûr, dans ta vie bien bourgeoise, plus proche de celle du cousin de Fully que du pauvre hère déchu, mais dans cette vie où tu as réalisé que reconnaître les moments de grâce, c’était une des choses les plus importantes, que peut-être c’est là l’essentiel de la vie à ce moment-là de ton existence. Et le « la vie est bonne » de Jean Batsi, il va t’échapper souvent désormais.
Quand tu es dans le train, qu’un rayon de soleil vient chauffer ta joue à travers la vitre, côté lac, la vie est bonne. Quand tu t’assieds sur le banc de la Treille avec ta salade bio et que tu laisses de côté pour quelques minutes le stress du travail, ou même pas le stress, juste les embêtements ou les questions difficiles à résoudre, que tu arrives à les tenir à distance et que tu regardes le marronnier, et que tu te dis qu’il est somptueux, ce marronnier, la vie est bonne. Quand tu t’arrêtes au bord de la route avec ton vélo pour observer la rose trémière qui a poussé entre deux bouts de trottoirs, et qu’elle t’émeut cette fleur, la vie est bonne.
Ces petits moments pleins, tenus loins du Coca zéro, du lait demi-écrémé, de la conversation en trois parallèles de réseaux, de la cent-cinquantième partie de ton cerveau qui rappelle à la cent-quarante neuvième de passer chercher dimanche prochain à 9h le gâteau d’anniversaire à la boulangerie, mais as-tu rappelé cette boulangerie pour confirmer le texte dessus, ces petits moments entiers que tu peux accueillir grâce à ton vide que tu cultives précieusement depuis que tu as commencé à l’apprivoiser, dans un de ces petits moments tu entends l’oiseau chanter que la vie est bonne, et Jean Batsi, quelque part sur un banc, dans un livre, l’écoute aussi et il est bien d’accord avec lui.
L’Ascension est une fête chrétienne qui est célébrée 40 jours après le jour de Pâques. Ainsi l’Ascension est toujours un jeudi, puisque le dimanche de Pâques est toujours un dimanche.
Que s’est-il passé à l’Ascension ?
Le dimanche de Pâques, des disciples disent avoir vu Jésus ressuscité ; plusieurs rencontres avec lui ont lieu dans les jours suivants. Puis, le jour de l’Ascension, c’est la dernière rencontre. Jésus leur donne pour mission de proclamer l’Évangile dans le monde entier ; après ces paroles, il est élevé au ciel. L’Ascension désigne ainsi le moment où Jésus monte aux cieux. La tradition situe ce moment sur le mont des Oliviers.
Où dans la Bible trouve-t-on ce récit ?
Deux évangiles mentionnent l’Ascension : Celui de Marc (Marc 16, 14-20) et celui de Luc (Luc 24, 36-53). On trouve aussi ce récit dans le livre des Actes des Apôtres, qui suit l’évangile de Luc : « A ces mots, sous leurs yeux, il s’éleva et une nuée vint le soustraire à leurs regards » (Actes 1, 9).
Que signifie l’Ascension ?
La signification de cet événement est l’entrée dans le Royaume de Dieu, aux Cieux, après la résurrection. C’est l’espérance du croyant : entrer dans le Royaume après la mort. Le ciel n’est ainsi pas entendu comme un lieu, mais comme une rencontre avec Dieu, l’endroit où est Dieu.
Pourquoi 40 jours après Pâques ?
Ce nombre de 40 jours vient du livre des Actes des Apôtres, dans lequel Luc écrit que Jésus s’était présenté vivant aux apôtres après la Résurrection et que « pendant quarante jours il s’était fait voir d’eux et les avait entretenus du Règne de Dieu ».
Depuis quand fête-t-on l’Ascension ?
Il semble que c’est au IVe siècle que l’Église fixe la date de cette fête 40 jours après Pâques et qu’elle est dès lors attestée. Les historiens pensent qu’elle remonte à des temps plus anciens.
Comment se fête l’Ascension dans la Genève réformée ?
Les fêtes sont bannies du calendrier genevois à la Réforme. À partir de 1550, le seul jour chômé est le dimanche. On laisse donc tomber le jeudi de l’Ascension pour ne garder que le dimanche, qui pour Calvin peut être marqué d’une prédication sur ce thème, mais sans plus. À partir du 17e siècle, certaines fêtes sont réintroduites, comme la fête des Rois. C’est à partir du 18e siècle que l’on recommence timidement à fêter les jours importants, explique le professeur Christian Grosse.
Dans l’enfance, les Rameaux, c’était la voix de ma grand-mère, épouse de pasteur, qui annonçait ce dimanche un peu spécial, avec un « a » bien appuyé, avec accent, les Rââââmeaux, on savait surtout que c’était un bon repas de midi dans un jardin aux fleurs de printemps. Après, les Rameaux, c’était un samedi dans les bois à cueillir des branches pour les paroissiens qui nous prêtaient un local pour les scouts, puis on les proposait à l’entrée de la messe de 17h00 en échange de quelques sous, et c’était terrible, parce que les gens se battaient presque pour avoir les plus beaux morceaux, ils en prenaient plein en disant que c’était pour leur voisine, leur parrain, leur grand-père et on avait l’impression de se faire avoir, et les gens voulaient savoir si elles étaient déjà bénies, ces petites branches de buis. On ne savait encore pas vraiment ce que c’était.
Le dimanche des Rameaux, qui est l’aboutissement du Carême, commémore l’entrée du Christ à Jérusalem. Ce dimanche précède immédiatement la semaine de Pâques, ou Semaine sainte. Une célébration des Rameaux a lieu autant chez les Réformés que dans l’Eglise catholique.
Le dimanche des Rameaux prend son origine dans le texte biblique : lorsque le Christ approche de la descente du mont des Oliviers, assis sur un ânon, une foule immense vient vers lui et l’acclame. Le chemin qu’il prend pour entrer dans Jérusalem est jonché de vêtements et de rameaux jetés par les hommes, les femmes et les enfants.
De quand date cette tradition ? Pascal Collomb, dans un article du magazine l’Histoire de 1999 (1), explique qu’au 4e siècle, la célèbre pèlerine Égérie raconte que les habitants de Jérusalem marchent dans les pas du Christ chaque dimanche précédant la semaine pascale. Au 8e siècle, on évoque à Rome le « dimanche des palmes ». Il faut attendre la deuxième moitié du 8e siècle pour voir apparaître en Gaule les premières bénédictions de rameaux. Les premiers témoignages des processions qui font suite à la bénédiction et à la distribution de rameaux aux fidèles apparaissent en Occident au 9e siècle.
On peut remonter plus loin dans l’histoire : François Walter, dans son ouvrage sur l’hiver, explique que le cycle de Pâques, même christianisé, associe aux croyances chrétiennes des éléments folkloriques ou magiques liés au passage de la vie à la mort et au renouveau de la végétation. Il pourrait y avoir des coutumes préchrétiennes célébrant le printemps, que l’Église a essayé de canaliser afin de transformer des gestes magiques en gestes religieux. Et avec les Rameaux, il semble que ce soit vraiment ce phénomène, un rite qui vient de la célébration du printemps. (2).
Encore un mot sur les processions : au Moyen-âge, il devient coutumier de tirer des sculptures en bois qui représentent le Christ sur un âne, au départ posées sur un char puis dès le 13e siècle fixées sur les planches à roulette. Astrid de Brondeau explique sur son blog que ces sculptures, nommées Palmesel, rencontrent un grand succès en Allemagne du Sud, en Alsace et en Suisse. Beaucoup de ces ânes des Rameaux seront détruits à la Réforme. On peut voir un Palmesel au Louvre (Le Christ des Rameaux, Souabe, vers 1520-1525). Si les processions ont aujourd’hui disparu à quelques exceptions près, l’Église catholique a maintenu la bénédiction des Rameaux, qui sont ensuite conservés une année puis traditionnellement brûlés lors du mercredi des Cendres.
Chez les Réformés, il n’y a pas de bénédiction des Rameaux. Il s’agit d’un culte « normal » mais qui est devenu important car il s’agit souvent d’un culte pour les familles. Il semble que comme les familles étaient souvent absentes à Pâques à cause des vacances scolaires, le culte des Rameaux est progressivement devenu une grande fête paroissiale pour les familles. D’autant que l’histoire des Rameaux, avec l’âne, est très illustrative pour les enfants.
1) Pascal Collomb, « Le dimanche des Rameaux », in L’Histoire, 1er septembre 1999, n. 230, pp. 22-23. 2) Ce paragrape est tiré de : François Walter, Hiver. Histoire d’une saison, Histoire Payot, Paris, 2013, pp. 152-153.
Ce que dit le texte :
Lorsqu’ils approchent de Jérusalem, près de Bethphagé et de Béthanie, vers le mont des Oliviers, Jésus envoie deux de ses disciples et leur dit : « Allez au village qui est devant vous : dès que vous y entrerez, vous trouverez un ânon attaché que personne n’a encore monté. Détachez-le et amenez-le. Et si quelqu’un vous dit : “Pourquoi faites-vous cela ? ” répondez : “Le Seigneur en a besoin et il le renvoie ici tout de suite.” » Ils sont partis et ont trouvé un ânon attaché dehors près d’une porte, dans la rue. Ils le détachent. Quelques-uns de ceux qui se trouvaient là leur dirent : « Qu’avez-vous à détacher cet ânon ? » Eux leur répondirent comme Jésus l’avait dit et on les laissa faire. Ils amènent l’ânon à Jésus ; ils mettent sur lui leurs vêtements et Jésus s’assit dessus. Beaucoup de gens étendirent leurs vêtements sur la route et d’autres des feuillages qu’ils coupaient dans la campagne. Ceux qui marchaient devant et ceux qui suivaient criaient : « Hosanna ! Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient ! Béni soit le règne qui vient, le règne de David notre père ! Hosanna au plus haut des cieux ! » Et il entra à Jérusalem dans le temple. Après avoir tout regardé autour de lui, comme c’était déjà le soir, il sortit pour se rendre à Béthanie avec les Douze. Marc 11, 1-11
Pier Paolo Pasolini, L’Évangile selon St Matthieu, 1964
Lettre ouverte à Monsieur Gilbert Vonlanthen, Président, et aux élu.e.s des communes membres de l’Association des communes genevoises (ACG)
Monsieur le Président de l’ACG, Mesdames et Messieurs les élu.e.s des communes genevoises,
Il neige sur Genève
en ce soir du premier avril 2022, il neige sur le temple de la Servette qui
depuis quelques jours n’accueille plus les sans-abris, il neige et nous voici
au sous-sol de ce temple réunis autour d’une table ronde sur la précarité,
découvrant que, faute de moyens, d’autres lieux d’accueil ont fermé leurs
portes ce matin.
Il neige et nous
sommes aux côtés de personnes qui vont dormir dehors ce soir après cette table
ronde, il neige et nous sommes aux côtés des travailleurs sociaux
institutionnels et associatifs, ceux du terrain, ceux qui se sont démenés tout
l’hiver. Ils sont complètement démunis et impuissants, parce qu’il neige, et
que 225 personnes dorment dehors à partir de cette nuit.
Elles dorment dehors
à partir de cette nuit parce que l’aide d’urgence est saisonnière et qu’elle
s’arrête au 31 mars, faute de ressources mises à disposition. Dès ce soir, les
structures d’urgence sont fermées. Alors à Genève, ville couleur bleu foncé sur
le Monopoly mondial, 225 personnes dorment dehors. Dans les parcs et sous les
ponts. La neige tombe.
Il y a urgence sociale,
Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les élu.e.s des communes
genevoises, il y a urgence à ce que la Ville et les communes se mettent
d’accord sur le financement de l’accueil d’urgence des personnes sans abri. Nous
savons que des négociations vont avoir lieu ces prochains jours et qu’elles
peuvent régler une grande partie de la question.
Il y a urgence à
mettre en œuvre une politique sociale sur le sans abrisme et la grande
précarité comme l’exige la loi sur l’aide aux personnes sans abri, la LAPSA,
votée le 3 septembre 2021 par le Grand Conseil. Cette loi établit, dans son article premier, qu’elle vise à
garantir à toute personne sans abri la couverture de ses besoins vitaux.
Cette loi a été
votée en septembre passé, nous sommes en avril. Il y a urgence sociale. Des
vies humaines sont en jeu. La solution est entre vos mains, Monsieur le
Président, Mesdames et Messieurs les élu.e.s, il faut octroyer les moyens
nécessaires maintenant, pas après-demain, via le fond intercommunal de l’ACG.
225 places
d’hébergement manquent depuis cette nuit du 1er avril. Il y en avait
579 pendant l’hiver, il n’en reste que 354. Et il neige. La solution est entre
les mains des communes, qui doivent assurer l’hébergement collectif d’urgence,
incluant les repas qui y sont consommés et les soins élémentaires d’hygiène qui
y sont dispensés (art. 3 de la LAPSA).
Alors nous,
citoyennes et citoyens, attachés au principe fondamental de la dignité humaine
garanti par la Constitution, indignés que des personnes dorment dehors sous la
neige à Genève alors que la solution est à portée de main, nous vous demandons,
Monsieur le Président de l’ACG, Mesdames et Messieurs les élu.e.s des communes
genevoises, de délivrer immédiatement cette aide inconditionnelle, comme le
prévoit l’article 2 de la LAPSA.
Nous vous prions de recevoir, Monsieur le Président de l’ACG, Mesdames et Messieurs les élu.e.s des communes genevoises, nos salutations distinguées.
Anouk Dunant Gonzenbach; Maurice Gardiol; Jean-François Duchosal; Denise Mützenberg
Cette lettre ouverte est également signée par:
Bénédicte Amsellem-Ossipow; Isabelle Anderegg; Didier Arnoux; Aline Amman; Association Eric Roset photographe; Daouda Bagagnan; Léonore Baheler; Maria Manuela Bailao; Valérie Balleys; Julie Barbey Horvath; Michel Bavarel; Dina Bazarbachi; Roland Benz; Monique Bernhard; Eric Bernhard; Céline Berset; Nathalie Berset; Joëlle Bertossa; Sébastien Bertrand; Antoine Beuret; Alain Bolle; Didier Bonny; Nadia Boreggiani; Bernard Bucher; Sophie Buchs; Maryelle Budry; Pierre Bühler; Nicolas Burlet; Clément Bucco-Lechat; La Caravane sans frontières; Inès Calstas; Marozia Carmona Fischer; Maria Castro Fuchs; Émilienne Cavazzana; Noémie Chatelanat; Christiane Chanson; Olivier Chanson; Sandra Cherpillod; Françoise de Cocatrix; Ludivine Cornaglia; Astrid Costes; Loraine d’Andiran; Catherine d’Andiran; Christian Dandrès; Alexandre Davidoff; Véronique Davidoff; Anne-Claire Decorvet; Claire de Buren Massy; Marie de Coulon; Filipe A. Contreira de Almeida; Léa Di Paolo; Patricia Dori-Chatelan; Claire Descombes; Christine Dowmont; Sarita Dumitriu; Christiane Dunant; Véronique Dunant; Eric Dunant; Marc Dunant; Lucien Durand; Jasmine Egli; Caroline Eichenberger; Walter el Nagar; Pierre Emonet; Cyril Erni; Micael Fernandez; Ingrid Freymond; Aurélien Fontanet; Jean-Luc Fornelli; Désia Fournier; Jacques Fournier; Nicolas Fournier; Cécile Frossard; Stéphane Fuchs; Giuseppe Fusco; Antonio Gambuzza; Anne François; Edith Gardiol; Raphaël Gardiol; Paul Ghidoni; Fabienne Gigon; Hélène Gerster; Laure Giossi; Véronique Girardet; Regina Ghosn; Lila Gonzenbach; Martin Gonzenbach; Jocelyne Haller; Aude Hauenstein Fleury; Marie-Hélène Giroud Tschopp; Sandra Golay; Francisco Gonzalez; Raluca Hartu; Marie-Claude Hefti; Martha Herrera; Antoinette Hofer; Joël Hofer; Pascal Holenweg; Jordan Holweger; Manon Hotte; Lysiane Hulser; Anne Hugo Erni; Stéphanie Jaquet; Annick James; Françoise Julier-Costes; Léo Kaneman; Théo Keel;Jean-Pierre Keller; Catherine Koch; Nadjète Krounba; Caroline Lacombe; Christian Lanza; Florence Larsen; Victoire Lecuyer; Ana Maria Lopez Galeano ; Christophe Loup; Yves Magat; Nathalie Magnin; Ada Manghi; Raymonde Manigley; Dorothée Marthaler Ghidoni; Catherine Méan; Michael Mann; Sandra Mann; Béatrice Manzoni; Silvana Mastromatteo; Lucie Matthey Bradley; Noam Mazenauer; Gaëlle Merminod; association Mesemrom; Thérèse Moreau; Nataniel Mendoza; Judith Meylan; François Mireval; Tiberiu moldovan; Janine Moser; Henry Mottu; Liliane Mottu-Weber; Marcel Mühlestein; Isabelle Muletier; Jala Nemchi; Marion Nemchi; Michèle Nemitz; Martina Novotni; Annelise Ogi-Hurni; Fabio D’Onofrio; Fanny Omar; Marguerite Papis; Jean-Pierre Papis; Damien Pattaroni; Guenevere Paychère; Mai-Thu Perret; Mladenka Perroton-Brekalo; Colin Peillex; Nicolas Pictet; Valérie Piguet; Géraldine Puig; Fitore Pula; Christiane Rist; Gilbert Rist; Isabel Rodriguez; Nathalie Ruegger; Francisco Rojas; Alina Roset; Almaya Roset; Eric Roset; Dimitri Ruiz; Mattia Sabbatini; Juliette Salaices Alba; Michel Schach; Cindy Schaer; Simon Schmidig; Mireille Senn; Sylvia Serafin; Isabella Siddiqi; Baudoin Sjollema; Frederik Sjollema; Silvia Stendardo; Noémie Sommer; Didier Soncini; Valérie Spagna; Franca Stahl-Vilar; Danya Stasius; Brigitte Studer; Karin Strescher; Daniel Schweizer; Francesca Suardi; Irène Toro; Brigitte Thévenon Mossi; Sylvain Thévoz; Dorothée Thébert; Gérald Thomann; Evelyne Vachoux; Ria van Beek; Patricia Vatré; Laurianne van Bever; Suzanne Vetterli; Hans-Ruedi Vetterli; Stéphanie Vez Turin; Anita Varela; Barbara Vischer-Schmidt; Oscar Vilar; Sophie Wahli-Raccaud; Nathalie Wenger; Inès Wiesner; Joanne Wiesner; Françoise Wos; Yasmine Yagchi; Ludivine Zanetta Corbat; Linda Zehetbauer; Carla Zepeda Giger; Manuel Zwyssig Philippe Bertin; Sylvie Bertin; Lorianne Cherpillod; Rose-Marie Völki; Camille Barbey; Laetitia Reversy; Jean-François Berger; Mireille Rupp; Françoise Wierbrok; Anne Reversat; Ruth Hutmacher; Anne Vandeventer Faltin; Louki Mattenberger; Marianne Studer; Suzanne Nozaki; Maud Saini; Fiera Falcone; Flore Castiglione; Myriam Magnenat; Michel Jeanneret; Philippe Bertin; Sylvie Bertin; Lorianne Cherpillod; Rose-Marie Völki; Camille Barbey; Laetitia Reversy; Jean-François Berger; Mireille Rupp; Françoise Wierbrok; Anne Reversat; Ruth Hutmacher; Anne Vandeventer Faltin; Louki Mattenberger; Marie-Hélène Giroud Tschopp; Françoise de Cocatrix; Claude Lander; Maria Lander; Henriette Leubaz; Joëlle Grandjean; Claire-Lise Moser; Stephan Bratschi; Eva Abouchar; Elisabeth Beer; Pierre-André Wasser
235 personnes ont ajouté leur nom à la pétition en ligne ouverte entre le dimanche matin 3 avril et le mercredi soir 7 avril ( nous avons dû mettre en place ce système de pétition en ligne, n’arrivant plus à gérer le nombre de mails de soutien qui arrivaient. L’Esprit de Genève n’est pas un vain mot).
Cette lettre ouverte a été envoyée par courriel le dimanche soir 3 avril 2022 au Président de l’ACG, au comité de l’ACG ainsi qu’aux conseillères et conseillers administratifs des communes genevoises, munie de plus de 300 signatures
Au total, 535 personnes auront signé la lettre ouverte.
Après 4 jours de médiatisation de la situation et de négociations à différents niveaux, l’Association des communes genevoises a voté un crédit extraordinaire de 6,2 millions provenant du Fonds intercommunal lors de son assemblée générale de mercredi soir 6 avril 2022.
«Sans-abris : pour une politique cohérente et coordonnée – débat» . Pascal Décaillet reçoit Maurice Gardiol, Signataire de la lettre à l’ACG; Thierry Apotheloz, Conseiller d’Etat, cohésion sociale; Bertrand Reich, Président du PLR genevois », Genève à chaud, Léman bleu, 5 avril 2022.
Des pigeons
des faisans
des tourterelles
un coq
trois ânes
quatre chèvres
deux ratons laveurs
un yack
deux moutons steppes et un petit
deux daims
un ocelot
deux lamas
cinq paons
et un éléphant.
L’éléphant, c’est Saphir. La liste, les animaux qui ont été mis aux enchères au zoo de Saint-Jean, le jeudi 21 février 1944. Il y en avait bien plus, au départ, des animaux, quand cinq années plus tôt le zoo a ouvert. Mais s’enchainent fièvre aphteuses, problèmes financiers, la guerre. Beaucoup d’animaux sont morts de faim, plus de viande pour les nourrir, la guerre rationne. Longtemps on a retrouvé leurs os, leurs crânes, leurs dents, à cet endroit du quartier.
C’était entre le Nant Cayla et la campagne
Masset, le zoo, une idée d’un certain Henry Larsen, un taxidermiste danois qui
travaillait au Museum de Genève. La plupart des animaux ont été donnés, les
pélicans par Pelikan, l’éléphant par le directeur originaire du Sri Lanka d’un
magasin situé en bas de la rue du Mont-Blanc, la Maison Turco-indienne Saphirs.
De la publicité pour sa bijouterie, le don de l’éléphant Saphir. Qui est venu
depuis Ceylan par bateau jusqu’à Marseille puis en train jusqu’à Genève.
Le
soleil tapait, à l’inauguration du zoo en 1935. Le journaliste de la Gazette de
Lausanne qui était là raconte la chaleur sur les huttes rouges aux toits de
chaumes, le soleil sur les palmiers tropicaux, les buffles qui cherchent de
l’ombre, les sangliers qui errent mollement.
L’éléphant de la liste en-dessus, c’est
Saphir. Mis aux enchères à la fin de l’aventure, quand le zoo a fait faillite.
Que devient un éléphant mis aux enchères, à Genève. Un éléphant c’est gros, même
si celui-ci est petit, mais Saphir a laissé peu de traces. Selon les récits,
deux paysans de Chêne-Bougeries l’ont acheté pour huit cent francs, pour
économiser de l’essence, deuxième guerre mondiale, un éléphant c’est une bonne
idée pour remplacer un tracteur et labourer les champs. Un harnais en cordage a
été fabriqué pour lui.
Mais l’animal ne comprend pas le patois, pas
l’anglais, pas le français. Impossible de le faire obéir. Selon les récits toujours, ses propriétaires le vendent au cirque
Knie. Si on cherche des traces de Saphir, rien. Pas de mention des acquéreurs
chênois dans les archives de la vente aux enchères, ni dans celles laissées par
le jardin zoologique. Pas d’informations dans la Feuille d’avis officielle,
rien dans les vieux journaux. Un éléphant, c’est gros, mais Saphir a laissé peu
de traces.
Ce qu’il reste, c’est une maison, aux
Eidguenots, construite avec les briques de l’enclos aux éléphants. Les gens
venaient se servir des restes des constructions, dans le quartier. Il y en a
qui ont récupéré le fumier d’hippopotame pour faire pousser des salades.
De Saphir, plus aucune trace. Peut-être que parfois, il se promène encore là, dans les terres au-dessus du Rhône, au milieu du décor africain dessiné au mauvais moment par un passionné que l’histoire a presque effacé. J’aime imaginer l’éléphant marcher nonchalamment avec à ses côtés, le petit garçon à la mèche en forme de jet d’eau.
Fêtes d’en haut et fêtes d’en bas dans dans les sociétés traditionnelles : d’octobre à mars, on vit au rythme des « fêtes d’en bas » : on se penche sur les tombes à la Toussaint, on s’incline sur la crèche à Noël et on termine par lasemaine sainte qui conduit au tombeau. Puis d’avril à septembre, c’est les « fêtes d’en haut » : la vie liturgique est orientée vers le ciel avec Pâques, l’Ascension etPentecôte. Le carême clôt les fêtes d’en bas, ou l’hiver (1). Mais qu’est-ce exactement que le carême, et quelle est sa signification chez les protestants ?
La question se révèle plus ardue que d’habitude. En effet, je ne sais pas si j’ai raté certains cours de catéchisme, mais je n’ai aucune référence en lien avec le carême, et je m’aperçois que je ne sais même pas si c’est une notion qui est en vigueur chez les protestants. Alors pour tenter de comprendre, je pars consulter des références solides, en commençant par l’ouvrage Hiver, histoire d’une saison du professeur François Walter.
Le cycle de l’hiver
L’hiver, c’est un cycle à deux mouvements inverses: décroissance de la lumière jusqu’au solstice, puis croissance. De tous temps, le période du solstice était cruciale, un passage difficile à franchir, et autant chez les Romains que chez les Grecs de nombreux rituels rythmaient ces étapes.
Dans l’occident chrétien, on peut résumer très grossièrement ces différentes périodes, qui alternent des temps profanes et sacrés : les premières fêtes calendaires de l’hiver sont la Toussaint le 1er novembre suivie par la fête des défunts le 2 novembre. Début décembre, on entre dans le cycle de l’Avent, quatre semaines consacrées à préparer la célébration de la naissance de Jésus. Le lendemain de Noël commence la période dite des Douze Jours, qui se clôt le 6 janvier avec la fête des Rois. Débute alors la période de Carnaval, dont la fête de la Chandeleur est un point fort, qui va jusqu’au mardi gras. Puis vient le carême.
Le cycle de Noël est régi par des dates fixes ; celui de Pâques dépend du calendrier lunaire. Ainsi, le dimanche de Pâques est fixé au premier dimanche suivant la première lune du printemps. Le carême commence 40 jours avant Pâques, le mercredi des Cendres.
Le carême
Le mercredi des Cendres débute donc le carême. Ce mot qui vient du latin quadragesima (quarantième) désigne « une période de quarante jours de préparation à Pâques avec des prescriptions visant à la conversion du chrétien, notamment par la privation de viande » (Walter p. 150). Quarante jours en référence aux quarante jours de jeûne de Jésus dans le désert. Pendant le carême, on fait maigre, l’intention est de nos jours d’entrer dans un temps de « silence » pour se préparer à la joie de la Résurrection. Le carême est pratiqué essentiellement par les Églises catholiques et orthodoxes.
Et chez les protestants ?
C’est bien ça, pas de carême chez les protestants. Demandons alors à Christian Grosse, professeur d’histoire et d’anthropologie des christianismes modernes à l’Université de Lausanne, ce qui s’est passé à la Réforme. Il commence par expliquer le rapport au lieu et au temps: dans l’esprit des Réformateurs, il n’y a pas de lieu privilégié de présence du divin. Les églises ne sont dès lors plus considérées comme des lieux de proximité avec Dieu, car c’est la ville entière qui lui est consacrée. De même, il n’y a pas de temps privilégiés ni de jours consacrés à Dieu en-dehors du dimanche. Ainsi, le calendrier liturgique est supprimé à la Réforme, à part certains jours qui font directement référence aux événements de la vie du Christ qui sont essentiels pour le salut . Le carême ou les jeûnes du vendredi, considérés comme des contraintes rituelles, sont critiqués et supprimés. Pour les Réformés, on n’obtient pas le salut à travers des rituels, la grâce de Dieu étant gratuite. Il n’y a donc pas de liturgie protestante de carême.
Mais il ne faut pas faire de confusion : Christian Grosse précise bien que le jeûne en tant que tel n’a pas été supprimé par la Réforme. Jeûner reste un acte d’humiliation et de repentance: des jeûnes solennels sont proclamés lors d’épidémies, de guerres ou de catastrophes climatiques. Ces jeûnes donnent lieu à des prédications qui pouvaient durer jusqu’à huit heures d’affilée, pendant lesquelles les pasteurs se relayaient. Ces jours-là, les gens passaient donc plusieurs heures au temple avant de manger. Ces jeûnes ponctuels étaient pratiqués dans toutes les Églises réformées. Les Églises de Suisse commencent ensuite à s’accorder pour jeûner au mois de septembre et consacrer à nouveau une date fixe pour ce jeûne, ce contre quoi les Genevois ont lutté (mais cela c’est le sujet du jeûne genevois).
Le « revival » du carême : un temps de solidarité
Le carême, qui on l’a vu n’est donc pas pratiqué chez les protestants, vit un renouveau depuis une cinquantaine d’année sous la forme d’une tradition de solidarité.
Le sociologue des religions Christophe Monnot explique que des campagnes œcuméniques de solidarité organisées pendant cette période ont pris en Suisse une grande ampleur depuis les années 1970. Le carême est ainsi ré-utilisé, actualisé même, pour aider l’autre. On profite désormais du Carême pour rendre visibles au public les actions de solidarité Nord-Sud des Eglises par le biais d’une campagne de sensibilisation oecuménique (célébrations, rencontres avec des témoins, soupes de carême, vente de roses etc.) qui appelle aux dons. Elle est portée par Action de Carême chez les catholiques et l’EPER chez les protestants.
Max Havelaar, le label Fairtrade, a par exemple été inventé en Suisse par les Églises suite à des actions de carême.
On me souffle encore à l’oreillette qu’une nouvelle action oecuménique, Détox’ la terre, vient d’être lancée et concerne en priorité les jeunes, liant le jeûne aux préoccupations écologiques.
1) François Walter, Hiver. Histoire d’une saison, Paris, 2013, p. 123
Tu arrives là-haut sur le toit de la Suisse et ton cœur ne fait qu’un tour, tu le savais que c’était si beau mais à chaque fois le cœur ne fait qu’un tour c’est si beau tous ces piz là autour et puis tu penses au glacier là de l’autre côté qui fond tellement et ton cœur fait un tour dans l’autre sens mais c’est si beau jusqu’au Mont-Rose là-bas tu vois et puis tu penses que après tu vas boire un café là tout en haut et que pour entrer dans le restaurant il n’y aura pas besoin de masque et ton coeur repart de nouveau dans l’autre sens, là sur le toit de la Suisse tu ne sais plus très bien quoi penser juste que tu vis que c’est beau que c’est si beau spectaculaire ce blanc tout ce blanc et ces sommets si loin on voit si loin puissant de voir si loin depuis si haut et tu aimes ce lieu cette vallée et tu aimes l’odeur de l’arole et ce matin tu as vu un cratschla devant la fenêtre et ton coeur repart
La bise frigorifie
les rues de la vieille ville, c’était une mauvaise idée de se donner
rendez-vous dehors, à la pause de midi, devant le carrousel, et d’arriver en
avance. Alors en attendant, c’est peut-être le moment, enfin, d’aller voir le
rouet au plafond, celui qui est dans tous les guides de la Genève insolite. Contourner
les sobres murs de pierre, pousser la porte.
Il y a de la
lumière, rentrer, d’un coup on est à l’abri. Sur la gauche, un bar à thé et à
café, une crouzille. Et des madeleines, faites maison précise la dame. Des
madeleines et une dame, juste
comme ça, pour la gourmandise et quelques mots, mais si on le veut seulement. Sur
la droite, une grande table, des chaises, à dispo, un peu plus loin trois fauteuils aux couleurs vives.
Cosy. On peut se poser là, et pique-niquer. Sans rien expliquer.
Un rouet au plafond.
C’est joli, l’histoire voudrait qu’une fileuse soit à l’origine de ce bâtiment,
qu’elle aurait légué à sa mort le fruit de son travail de la laine pour le
construire, mais non. En vrai, ce ne serait pas le rouet de la fileuse, mais les
armoiries de la famille de Rolle, qui au milieu du 15e siècle a
relevé les voûtes de la nef. De la nef, parce qu’on est là dans la plus vieille
église de Genève. De son clocher sonne chaque heure la plus vieille cloche de
la cité, le Grillet, qui nous vient de 1420. La plus vieille église de Genève,
devenue l’un des premiers temple, à la Réforme. Le temple de la Madeleine.
Derrière cette porte qui s’est ouverte, un coup de cœur. Calme, lumière et accueil. Des madeleines, des chaises et une table, s’y asseoir, avec son sandwich et ses collègues. Tous les jours sauf lundi entre midi et 17h. L’accueil, mais pas besoin d’adhérer, d’être d’accord ou je ne sais. Juste être là. C’est un peu cela dont nous avons besoin, là où on en est, aujourd’hui. Au cœur des rues couleur bleu foncé du Monopoly, la simplicité.
Publié dans le GHI, rubrique Point de vue, 3 mars 2022.
L’objet se décline en couleurs pastel et goûts de l’enfance.
Ses concepteurs, évidemment malins, l’ont produit satiné, agréable à caresser,
le design super bien pensé. On dirait un petit stylo, d’ailleurs les parents et
profs pensent que c’est un petit stylo. Ou une nouveauté geek de jeune gamer,
qui donnerait presque envie de se mettre à jouer. Le tenir en main est déjà une
sensation qui fait plaisir. Il ressemble à tout sauf à ce qu’il est : la
nouvelle version de la cigarette électronique. Son nom : le puff.
Jetable, quasiment invisible à détecter, fumable partout en
continu, en classe, dans les couloirs du cycle, dans sa chambre. On se le
procure au kiosque en face de l’école primaire, au rayon sucettes. Une dizaine
de francs la pièce, 600 taffes, le vendeur n’est pas regardant sur l’âge de
l’acheteur, qui d’ailleurs le fauche souvent.
L’enfant, l’ado, suçote ensuite sans s’arrêter ce biberon,
qui contient 5% de nicotine. Puis il le jette à la poubelle en revenant des
cours, pas de risque que le parent tombe sur la cigarette électronique
rechargeable (ou le paquet de cigarettes de l’époque) planqué dans la pile de
caleçons. Quand il vape, pas de
fumée et les adultes autour n’y voient que du feu, on est en retard de trois
guerres comme d’habitude depuis que le monde est monde, et je suis en colère. C’est
comme d’utiliser les dernières découvertes de la psychologie pour rendre les
ados encore plus accros aux jeux en ligne, de développer cet objet diabolique
pour les rendre dépendants à cette substance psychotrope.
Le puff ne rentre pas dans le cadre de l’initiative « Oui à
la protection des enfants et des jeunes contre la publicité pour le
tabac » car ce n’est pas du tabac. Dedans (mais ce n’est pas fait pour
être ouvert, puisqu’on le jette après usage), il y a une batterie, une
résistance qui fait corps de chauffe, une petite led qui s’allume quand on
aspire et une sorte de ouate imbibée de sirop de glycol et de nicotine. Catastrophe
écologique.
Un biberon à la nicotine. On le tète sans pause et on le jette. Marshmallow et sirop de fraise, tétine et douceur, addiction et tête de mort.
Ich habe genug. Les notes de la cantate de Jean-Sébastien Bach se déversent dans la cuisine depuis la stéréo du salon, remplissent l’air. Sur ces notes, les mots du vieux Siméon, il y a longtemps. On n’est alors plus dans cette cuisine à préparer de la pâte à crêpes pour la Chandeleur, on est à Jérusalem il y a deux mille ans.
« Puis
quand vint le jour où, suivant la loi de Moïse, ils devaient être
purifiés, ils amenèrent Jésus à Jérusalem pour le présenter au Seigneur
–ainsi qu’il est écrit dans la loi du Seigneur : tout garçon premier né
sera consacré au Seigneur- et pour offrir en sacrifice, suivant ce qui
est dit dans la loi du Seigneur, un couple de tourterelles ou deux
petits pigeons. »
On
est à Jérusalem il y a deux mille ans. Là, Siméon. Il a cent douze ans,
Siméon, homme juste et croyant qui attend la mort. Il lui avait été
révélé qu’il ne la verrait pas avant d’avoir rencontré le Christ.
Ce
jour-là, poussé par l’Esprit, il se rend au temple, où Marie et Joseph
lui amènent Jésus. Le très vieil homme prend alors le bébé dans ses bras
puis s’adresse à Dieu, « maintenant, Maître, c’est en paix comme tu
l’as dit que tu renvoies ton serviteur, car mes yeux ont vu ton salut,
que tu as préparé face à tous les peuples ».
Ce
récit, c’est celui de la Présentation de Jésus au temple, raconté par
Luc dans son chapitre deux (2-32). Elle a lieu le 2 février, quarante
jours après Noël, car les enfants devaient être présentés à Dieu
quarante jours après leur naissance. C’est devenu la Chandeleur,
célébrée semble-t-il sous sa forme chrétienne en Occident depuis 472,
mais cette fête vient aussi de la nuit des temps, la fête païenne des
lupercales en l’honneur des loups ou encore la fête de la fin de
l’hibernation de l’ours. L’ours qui sortait de sa tanière ce jour-là
pour voir si le temps était clément.
Quarante
jours après Noël donc, Marie, Joseph et l’enfant se rendent au temple,
où Siméon reçoit Jésus dans ses bras, le bénit et prononce ces belles
paroles, « Maintenant, Souverain maître, tu peux laisser ton serviteur
aller en paix, car mes yeux ont vu ton salut ».
Je suis comblé, dit Siméon. Ich habe genug. Jean-Sebastien Bach écrit cette cantate en 1727 le quatrième dimanche de l’épiphanie, qui tombe cette année-là un 2 février. Ich habe genug exprime Siméon, qui a vu Jésus et qui peut désormais mourir dans la joie. Siméon est serein. Schlummert ein, le deuxième aria, l’aria du sommeil, est comme une berceuse accompagnant le mourant. Endormez-vous, yeux fatigués. Pour Siméon, la fin de vie est paisible, le désordre est une chose du passé.
Siméon
est arrivé à bon port. La cantate se termine, la cuisine devient
paisible le temps d’un instant. Il ne reste plus qu’à confectionner les
crêpes, qui rappellent peut-être le disque solaire, évoquant le retour
du printemps. Ou peut-être aussi les doit-on à un ancien pape qui en
faisait distribuer aux pèlerins qui arrivaient à Rome. Ou alors, c’est
une réminiscence des gâteaux de blé offerts en offrande par les Vestale
lors des Lupercales pour que la récolte suivante soit bonne.
C’est
la Chandeleur. Mot qui dérive de chandelles, cierges bénits portés par
les fidèles lors des processions. Depuis, on dit que toutes les bougies
de la maison devraient être allumées à cette date. La Chandeleur, fête
de la Présentation de Jésus au temple et de la lumière car l’hiver
touche à sa fin. L’ours sent le printemps au bout de son museau.
Profitons-en pour faire rayonner autour de nous la lumière des bougies
et du soleil renaissant, en s’imprégnant des paroles du vieil homme, Ich habe genug, Siméon qui savait où était son port.
L’Épiphanie a lieu le 6 janvier. Ce mot vient du grec et signifie « manifestation » ou « apparition soudaine ». Ainsi, ce terme signifie pour les Chrétiens la manifestation de Dieu aux Hommes, et c’est ce jour-là qu’était originellement fêtée l’incarnation du divin en Jésus, du divin dans le monde.
Au début des temps chrétiens, l’Épiphanie est la grande et unique fête chrétienne « de la manifestation du Christ dans le monde » et se célèbre le 6 janvier. Les Eglises d’Orient célébraient à cette date à la fois la Nativité, le baptême du Christ et les noces de Cana. Fêter Noël à la date du 25 décembre ne viendra que plus tard en Occident, dans la seconde moitié du 4ème siècle. Selon les historiens François Walter et Alain Cabantous, « il y aurait une tradition occidentale optant pour une naissance le 25 décembre et une tradition orientale pour le 6 janvier car l’épiphanie et bien à l’origine une fête de l’incarnation du Christ ». En Occident, le 6 janvier a donc perdu de son ampleur après le 4ème siècle « pour conserver uniquement le message symbolique qu’exprime la venue des Mages à la crèche ».
L’Epiphanie clôt le cycle dit « des douze jours » entre le 25 décembre et le 6 janvier, qui suit la période de l’Avent.
Le nom de « fête des Rois » se généralise au 19e siècle, en référence à l’arrivée des rois mages.
La tradition et le texte Selon la tradition, Gaspard, Melchior et Balthasar, les trois rois Mages, arrivent ce jour-là auprès de Jésus dans la crèche pour célébrer sa naissance et apportent en cadeau de l’or, de la myrrhe et de l’encens. Que nous dit la Bible ? Les Mages n’apparaissent que dans un seul évangile, celui de Matthieu (chapitre 2, 1-12) :
“Jésus étant né à Bethléem de Judée, au temps du roi Hérode, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son astre à l’Orient et nous sommes venus lui rendre hommage. » A cette nouvelle, le roi Hérode fut troublé, et tout Jérusalem avec lui. Il assembla tous les grands prêtres et les scribes du peuple, et s’enquit auprès d’eux du lieu où le Messie devait naître. « A Bethléem de Judée, lui dirent-ils, car c’est ce qui est écrit par le prophète : Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es certes pas le plus petit des chefs-lieux de Juda : car c’est de toi que sortira le chef qui fera paître Israël, mon peuple. » Alors Hérode fit appeler secrètement les mages, se fit préciser par eux l’époque à laquelle l’astre apparaissait, et les envoya à Bethléem en disant : « Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant ; et, quand vous l’aurez trouvé, avertissez-moi pour que, moi aussi, j’aille lui rendre hommage. » Sur ces paroles du roi, ils se mirent en route ; et voici que l’astre, qu’ils avaient vu à l’Orient, avançait devant eux jusqu’à ce qu’il vînt s’arrêter au-dessus de l’endroit où était l’enfant. A la vue de l’astre, ils éprouvèrent une très grande joie. Entrant dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie, sa mère, et, se prosternant, ils lui rendirent hommage ; ouvrant leurs coffrets, ils lui offrirent en présent de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Puis, divinement avertis en songe de ne pas retourner auprès d’Hérode, ils se retirèrent dans leur pays par un autre chemin. Après leur départ, voici que l’ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui dit : « Lève-toi, prends avec toi l’enfant et sa mère, et fuis en Egypte ; restes-y jusqu’à nouvel ordre, car Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr. » Joseph se leva, prit avec lui l’enfant et sa mère, de nuit, et se retira en Egypte. Il y resta jusqu’à la mort d’Hérode, pour que s’accomplisse ce qu’avait dit le Seigneur par le prophète : D’Egypte, j’ai appelé mon fils.”
Il ne sera plus fait mention ensuite de ces Mages, sur lesquels le texte est donc très vague. Ce n’est que quelques siècles plus tard que leur sera donnée leur dénomination traditionnelle.
La couronne ou galette des rois En Suisse, en France et en Belgique, depuis le moyen âge a lieu la coutume de la « galette des rois » ou « couronne des rois » : une pâtisserie contenant une fève ou deux fèves. Chez vous aussi, le plus petit se cache sous la table pendant qu’un adulte coupe la couronne, puis la sert morceau par morceau, pendant qu’au fur et à mesure et à l’aveugle l’enfant sous la table crie le nom du convive auquel est destiné le morceau ? Deux fèves, deux convives proclamés roi et reine.
Qu’en est-il à Genève ? Après la Réforme, à partir de 1550, toutes les fêtes sont abolies du calendrier genevois. Disparaît par conséquent aussi la fête des Rois. Elle est cependant réintroduite discrètement dans les cercles privés dès le dernier quart du 16ème siècle, bien que le Consistoire poursuive ceux qui s’y livrent. La pratique consistait alors généralement à cuire la galette des rois avec de véritables fèves, remplacées ensuite par des fèves en céramique ; on buvait à la santé de celui qui devenait roi des convives en consommant le morceau de galette comportant la fève.
De manière générale, ce dernier quart du 16e siècle voit l’étau disciplinaire se desserrer à Genève. Le contrôle exercé par le Consistoire sur la foi et les mœurs des fidèles s’estompe. La cité réformée commence à perdre certains des traits qui ont fait jusque-là son caractère particulier (et qui ont laissé tous les clichés et stéréotypes d’une Genève austère et puritaine encore en vigueur aujourd’hui, bien que la période « rouleau compresseur » sur la discipline ait en réalité duré seulement entre 1555 et 1570 environ). On le voit très bien avec la fête des Rois : En 1606, alors que Théodore de Bèze vient de disparaître, le tribunal ecclésiastique excommunie deux magistrats, coupables d’avoir célébré la fête des rois. Signe des temps, cette sanction est levée par le Conseil des Deux-Cents (sorte d’ancêtre du Grand Conseil) : le pouvoir civil s’impose ainsi comme autorité prédominante.
Fèves pour le gâteau de Rois, France, Musée d’ethnographie de Genève (MEG) EHEU 100291 et 57620.
Références et pour en savoir plus :
WALTER François, CABANTOUS Alain, Noël, une si longue histoire, Payot, 2016, pp. 18-19.
GROSSE Christian, « Il doit y avoir trop grande rigueur par cy-devant » La discipline ecclésiastique à Genève à l’époque de Théodore de Bèze », in Théodore de Bèze (1519-1605) : actes du Colloque de Genève (septembre 2005), Irena Backus (dir.), Genève, Droz, 2007, pp. 55-68.
ROGET Amédée, « Le gâteau des Rois. Episode de l’histoire ecclésiastique de Genève, 1606 », Etrennes genevoises, 2 (1878), pp. 61-86.
GROSSE C., DUNANT GONZENBACH A., FORNEROD N., GROSS G., SOLFAROLI CAMILLOCCI D., VERNHES RAPPAZ S., Côté chaire, côté rue. L’impact de la Réforme sur la vie quotidienne à Genève (1517-1617), La Baconnière, Genève, 2018.
Cette année, le sapin élargit les horizons. Partages de Noël
Par Anouk Dunant Gonzenbach
Depuis plusieurs années, le sapin à pommes à poèmes et à roulettes déambule dans les rues de Genève la semaine précédant Noël. Cette année, le cercle des mots s’élargit au-delà des poètes du cru, parce que l’esprit de notre ville est multiculturel.
Et que l’esprit de Noël, pour moi, c’est
créer des liens. Des
liens avec les personnes qui écrivent mais aussi avec les personnes qui
s’arrêtent devant le sapin pour lire les textes. Des liens brefs mais
authentiques. Quelques phrases, des sourires, et une compréhension immédiate de
l’instant qui se vit.
Cette année donc, le cercle des mots s’élargit. J’ai contacté la merveilleuse Sophie Frezza qui travaille à l’Université Ouvrière de Genève, et ai découvert les activités de cette institution. Lors de trois cours de français et d’alphabétisation, qui réunissent des personnes de tous horizons, des mots de Noël et de l’hiver ont été appris, dits, écrits. Et sont accrochés aux branches du sapin aux côtés de textes et poèmes d’auteur.e.s du coin. Peut-être que ces mots, comme des bougies, vont contribuer à éclairer les nuits de décembre.
Dimanche 19 décembre à 16h devant la Maison de Quartier de Saint-Jean: lecture de textes et thé, tout le monde est invité en toute simplicité!
Mardi 21 décembre: place du Bourg-de-Four
Mercredi 22 décembre: devant la bibliothèque de Saint-Jean
Jeudi 23 décembre: le matin sur la place de la Fusterie; l’après-midi devant la libraire du Rameau d’Or
Vendredi 24 décembre: devant la Coop de Saint-Jean
Si vous le souhaitez, vous pouvez participer en m’envoyant un texte ou poème de votre composition, jusqu’au 10 décembre prochain (maximum une demi-page)à l’adresse courrier@virusolidaire.ch. Ce texte sera imprimé et suspendu au sapin, qui sera chaque jour de la semaine précédant Noël présent à un endroit différent de la ville.
Noël 2020
Une rencontre a eu lieu devant l’UOG avec les participant.es:
Photo: Laurent Guiraud
Lecture des textes et partages autour d’un thé, 19 décembre 2021:
Pourquoi unsapin à pommes à poèmes et à roulettes ?
Pour
le Noël 2014 est née l’idée du sapin à pommes mobile, à l’origine dans le cadre
des événements de Noël organisés par l’aumônerie de l’Université de
Genève. Le sapin a accompagné ces Noëls pendant cinq années en roulant
dans la cité, distribuant des pommes aux passants et aux étudiants.
Il
a provoqué de beaux échanges, des dialogues surréalistes, des interpellations
amusées, un intérêt sincère. Sa simplicité a désarmé. On ne s’y attendait pas
du tout. Nous avons découvert qu’offrir une pomme et un sourire, souvent, c’est
juste ça, l’esprit de Noël.
En
2019, le sapin a ajouté des poèmes sur ses branches. Un dimanche après-midi de
décembre, nous nous sommes réunies, un bouquet de femmes, autour d’une table de
la Treille dans le cadre d’un laboratoire d’écriture pour une lecture de
textes; ces textes ont ensuite été suspendus au sapin avec des rubans. Ce sapin
à pommes à poésie à roulettes a circulé dans les rues de la ville, de la poésie
a ainsi été offerte aux passants pendant toute la semaine précédant Noël.
En 2020, il n’était pas possible de se réunir. Sur ce blog est alors né le projet du calendrier de l’Avent en poésie: un texte ou poème par jour, sur le thème du sapin, de la pomme, de l’étoile, de l’hiver ou de Noël, ou même de n’importe quoi, mais illuminé par une lumière positive, écrit par des autrices et auteurs différents. Suite à un appel a texte, un texte a été publié chaque jour sur le blog, comme une porte de calendrier à ouvrir. Puis chaque texte et poème a été imprimé et suspendu à un sapin à pommes ambulant tiré par un vélo qui a circulé dans les rues de Genève avant Noël.
Pourquoi des pommes sur le sapin ? petit retour historique
Simplicité.
Qui vient de loin, on n’a rien inventé. Voici un bref résumé, tiré du livre de
mon ancien prof de l’Uni François Walter et d’Alain Cabantous. Dès la fin du
Moyen Age, on met des végétaux aux fenêtres de maisons au milieu de l’hiver,
mais cela n’a encore rien à voir avec Noël, on se protège comme cela des
mauvais esprits, des sorcières et des démons. Puis on commence à disposer des
arbres dans l’espace public et le sapin est choisi, le seul qui est vert en
hiver, symbole de vie, et c’est plus joli d’avoir du vert qu’un tronc tout nu.
On
est alors en 1521 à Sélestat en Alsace, où les archives gardent la trace d’un
sapin coupé qui sert de décoration. Le sapin devient associé à la fête de Noël
et entre ensuite gentiment dans les maisons, et quand il n’y a pas de place, il
est suspendu au plafond.
Dès
le début, le sapin est décoré avec des belles pommes rouges (qui rappellent
aussi l’arbre de la faute d’Adam et Eve), des noix et des fleurs en papier. Le
18ème siècle voit un grand essor du sapin de Noël, le 19ème siècle est celui de
l’apparition des bougies. Les pommes sont encore là, parfois dorées, avec des
sucreries.
Le
sapin de Noël se répand en Europe du nord, et une romancière anglaise raconte
qu’en 1836 on vend à Vienne des sapins déjà ornés d’une pomme, d’un fruit sec
ou d’un pain d’épices. Selon la légende, l’année 1860 subit une mauvaise
récolte de pommes. Les artisans verriers inventent alors des boules en verre
soufflé pour les remplacer. A la fin du 19ème siècle, les boules et les santons
sont fabriqués en série et dès 1950 les décorations de Noël s’industrialisent
et deviennent plus uniformes.
Alors
les pommes sur un sapin, c’est un peu un retour aux sources, mais surtout c’est
simple et comme c’est beau.
Référence : Alain Cabantous, François Walter, Noël. Une si longue histoire…, Editions Payot & Rivages, Paris, 2016.